19th mai 2006

La Guerre des Messagerie Instantanée — épisode 4: un nouvel Espoir

Ce billet est le second d’une série de 3 billets (pardonnez la numérotation du titre qui va avec mes blagues nulles):
la trilogie de la Guerre des Messageries Instantanées.
(voir le premier épisode)

La Guerre des Messageries Instantanées -- Episode 2
La Guerre des Messageries Instantanées — Episode 2
Logo originel par la Jabber Software Foundation sous CC-by modifié par mes soins (même licence)

Voici donc Jabber, le petit protocole ouvert qui vient chambouler des empires.
Je parlerai en particulier de ce dernier. Que les afficianidos de SIP ne m’en veulent pas, car autant je respecte ce projet bien avancé également, autant je préfère ne pas parler de ce que je connais mal.

La Force de l’Ouverture

J’ai déjà parlé de fermeture dans le billet précédent. A priori l’ouverture, c’est donc l’inverse.
Cependant pour mieux comprendre ce qu’est un protocole ouvert, voici un extrait de la LEN[1]:

On entend par standard ouvert tout protocole de communication, d’interconnexion ou d’échange et tout format de données interopérable et dont les spécifications techniques sont publiques et sans restriction d’accès ni de mise en œuvre.

Décortiquons le sens de cette définition en extrayant les 2 points clés:

  • Langage connu: son dictionnaire autant que sa grammaire (“spécifications techniques [...] publiques”).
    N’importe qui donc a le droit d’apprendre ce langage. Vous pouvez apprendre le Tibétain, le Portugais, l’Arabe, ou toute langue vivante en achetant une grammaire et un dictionnaire de la langue en question. Ben là c’est pareil. Vous pouvez vous procurer sans restriction d’accès (donc notamment gratuitement) la grammaire et le vocabulaire de Jabber/XMPP (le nom normalisé du protocole de Jabber est XMPP).
  • Droit d’utilisation: vous avez le droit d’utiliser le langage pour ce que vous voulez, même commercialement: “sans restriction [...] de mise en oeuvre”.
    Imaginez que vous appreniez le japonais (puisqu’on a vu que vous aviez le droit), mais que vous n’ayiez par contre pas le droit de l’utiliser, ou du moins, seulement sous certaines conditions; par exemple si le gouvernement japonais exigeait de faire payer une licence d’utilisation du japonais à but commercial. Ainsi, hop vous écrivez un livre que vous comptez vendre au Japon, ben vous devez raquer. Ridicule non?
    Et pourtant c’est ainsi que fonctionnent beaucoup de protocoles. On veut parfois faire croire que vous avez le droit d’utiliser en vous montrant les spécifications, mais une petite clause en minuscule vous informe que toute utilisation commerciale est payante.

    Pire encore, on ne vous fournit même pas toujours les spécifications du langage, mais une interface de programmation. Ce serait comme si pour parler en russe, on vous fournissait un traducteur. Vous n’avez pas le droit d’apprendre le russe et de le parler directement, seulement d’utiliser votre traducteur (sans pouvoir vérifier s’il vous traduit bien).
    C’est ce que tente actuellement de faire AOL avec son projet OpenAIM. Notez comme l’entreprise joue sur l’ambiguité du mot “open” pour faire croire à une ouverture, bien qu’il ne s’agit en rien d’un protocole ouvert. En lisant la FAQ, on constate qu’utiliser les librairies de programmation pour des projets commerciaux, ou bien dans le but de faire fonctionner sur des engins portables (téléphones, PDA, etc.) recquiert une licence payante.
    Je sais que certaines personnes rétorqueraient qu’il est normal d’être rétribué pour un produit ou un service. Et notez bien que je suis entièrement d’accord. Là il s’agit d’un autre problème, commercial déjà avec utilisation abusive de monopole supprimant toute juste concurrence, technique ensuite avec le besoin de l’intéropérabilité des standards qui font avancer la technologie, éthique enfin.[2]
    Bon tous les autres, c’est encore pire, ils ne fournissent ni le dictionnaire et la grammaire pour apprendre, ni le traducteur. Y a plus que le décodage archéologique qui marche.

Jabber est donc adepte de l’ouverture?

Jabber quant à lui est un langage développé par la Jabber Software Foundation, dont le but est de développer un langage totalement intéropérable pour la communication temps réel, utilisable par tous et pour tout.
Concrètement cela signifie que n’importe qui peut (et est encouragé à) écrire son propre logiciel, adapté à ses besoins. Une entreprise peut vendre son logiciel, l’utiliser à but commercial, ou bien faire un logiciel en interne adapté aux besoins de communication de l’entreprise, qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux d’un particulier.
De même les utilisateurs simples choisissent le serveur de leur choix (avec les services qui lui plaisent), de même que le logiciel qu’ils préfèrent parmi la multitude existante.

De nombreuses entreprises jouent le jeu en proposant leurs serveurs Jabber au grand public, et notamment Google avec Google Talk (réseau public, c’est à dire communicant avec le reste du réseau Jabber), le réseau de site de rencontre Meetic (réseau privé), le SkyMessenger (réseau privé du réseau de blog et radiophonique Skyrock), etc.

Adapté au Monde Professionnel

Une caractéristique primordiale de Jabber est son architecture décentralisée: un réseau informatique quelconque marche le plus souvent avec des serveurs et des clients. Le client est, en informatique, le logiciel chez le particulier. Le serveur est le logiciel distant qui va gérer les connexions, et ainsi raccorder les communications des clients (à une époque, le téléphone avait des standardistes qui raccordaient à la main les communications: ils jouaient le rôle de serveur).
Dans les réseaux propriétaires, ces serveurs sont dans les ordinateurs de l’entreprise. Ainsi quand vous envoyez un message MSN, il passe par les ordinateurs de Microsoft. C’est un système dit centralisé, et ça pose plusieurs problèmes:

  • La sécurité intellectuelle: qui sait ce que deviennent vos conversations? Là je vous vois venir à rire. “ahaha encore un avec des théories du complot! Mais personne ne va lire toutes les conversations MSN du monde!“. Effectivement… pas un être humain du moins. Mais un robot si.
    Un robot en informatique n’est pas forcément une machine humanoïde en métal, mais peut tout simplement être un programme. Or des programmes existent, qui servent à scanner des données à la recherche de mots clés (c’est ce qu’utilisent les moteurs de recherche pour alimenter leurs bases de données en scannant les sites web du monde). Cela peut sembler ridicule, et pourtant on a eu la preuve que de tels pratiques sont utilisées notamment dans le réseau MSN. En effet, une affaire qui a peu fait parler d’elle fut celle de la censure de certains mots dans MSN. Essayez par exemple d’écrire “download.php” ou “gallery.php” dans un message pour un ami. Vous verrez que votre message n’arrivera jamais au correspondant. C’est une suite de caractères extrèmement courante pour les adresses de téléchargements de fichiers, ou bien pour les galleries de photos. Evidemment Microsoft pourrait arguer qu’ainsi, l’entreprise lutte contre le piratage (download.php) ou la pédophilie (gallery.php). Cela signifie donc que d’office, si vous envoyez un lien de téléchargement à un ami, Microsoft considèrera que c’est un téléchargement illégal? Et donc aussi, vous ne pourriez pas envoyer un lien vers votre gallerie de photos de vacances sans que Microsoft estime que ce sont sûrement des images illégales? Microsoft donc traiterait ses clients de personnes malhonnêtes? Bien sûr d’autres théories concernent une pseudo-sécurité pour contrer des propagations de virus par MSN[3]. Ce serait donc ainsi que Microsoft verrait la sécurité? Par la censure pure de tout contenu potentiellement risqué? C’est une façon de voir les choses oui. On appelle cela aussi une dictature (sécurité par le silence) quand on parle d’une politique de gouvernement. Dans tous les cas, malgré que ce problème est connu depuis plusieurs mois, puisque Microsoft n’a daigné faire aucun communiqué officiel, il n’y a pas non plus d’excuse officiel, alors… à quoi bon s’imaginer des choses, hein? Facile.

    Nous avons donc un cas concret de censure qui fut visible. Mais maintenant puisqu’on a la preuve que des robots lisent bien les messages qui passent par les serveurs Microsoft, qu’est-ce qui nous prouve que d’autres actions moins évidentes ne sont (ou seront) pas entreprises pour d’autres mots clé? Qui sait si dans un régime totalitaire où la répression serait courante, Microsoft ne pourrait vous dénoncer pour des choses que vous diriez contre le gouvernement en place, lequel viendrait exploser votre porte (je rappelle que Microsoft, Yahoo, Google, et Sco ont un contrat plus que douteux dans ce sens avec le gouvernement chinois. D’ailleurs Yahoo a déjà fait envoyé en prison deux “dissidents” chinois)?
    Et qui nous prouve que chaque fois que vous donnez un numéro de carte bancaire par msn, Microsoft ne le stocke dans une banque de données, pour se donner la possibilité de pouvoir utiliser l’information plus tard? Même si cette dernière allégation semble farfelue, je veux bien mettre en avant que c’est toutefois possible, et nous n’en saurions rien! J’ai déjà eu à demander un numéro de carte bancaire d’un ami lorsque j’habitais au Danemark, parce que ma carte bancaire ne voulait pas marcher, et que j’avais une galère. Je peux vous dire qu’un réseau décentralisé comme Jabber fait bien plus confiance, surtout que dans la norme, Jabber propose la possibilité de crypter vos conversations, de manière client-serveur (par SSL), ou même client-client (par des clés GnuPG par exemple). Une chose est sûre: sachant ce que je sais, jamais je n’aurais fait cette demande par MSN.

    L’éducation Nationale a d’ailleurs réagi en 2005 en interdisant Skype au sein de ses institutions car il n’y avait pas moyen de contrôler la confidentialité des communications, et donc la sécurité (comme l’espionnage industriel). C’est pour moi une bonne chose, on se demande pourquoi ils ne font pas la même chose pour tous les autres protocoles fermés.
  • La sécurité technique: la décentralisation signifie également le pouvoir de contrôle dillué. Si vous en avez les moyens, ce pouvoir peut même vous être attribué. Ainsi, supposez que la ferme de serveur MSN ait un problème. Et bien, tout un secteur du réseau pourrait être tout bonnement coupé. C’est déjà arrivé. Par exemple, je me rappelle mon frère se plaignant que MSN ne voulait plus se connecter. Le lendemain, il revient rassuré: “non, c’est bon, c’était toute la France qui n’avait plus MSN”. Ah… s’il le dit, c’est bon alors.
    Mais sous jabber, si votre serveur a un problème, ça signifie qu’uniquement les personnes sous votre serveur ont un problème, donc pas vos amis par exemple. Evidemment l’égoïste s’en fiche que ça marche chez les autres; mais quand on réfléchit, cela signifie que le réseau ne peut jamais être tué. C’est ainsi que fonctionne par exemple l’Internet, et c’est ce qui fait sa force, sa puissance, et l’impossibilité d’en prendre le contrôle total. C’est donc une force vive et un moyen d’expression instoppable contre les dictatures par exemple. Et si votre serveur tombe en rade, et que vous avez un besoin urgent de contacter vos amis, vous pourrez toujours au pire cas faire un compte de secours sur un autre serveur. Par contre, si Microsoft décide du jour au lendemain de rendre MSN payant (et il en a le droit), que pouvez-vous faire? Rien, sinon vous faire marcher dessus.

    Pour une entreprise-utilisatrice aussi, la décentralisation est une arme particulièrement puissante. Une entreprise peut par exemple gérer son propre serveur Jabber. Si elle le veut, elle peut rendre son réseau Jabber privé (uniquement comme moyen de communication interne à l’entreprise), ou bien l’ouvrir au reste du réseau. Cela lui permet tout d’abord d’être totalement indépendante, et donc de ne pas dépendre du bon vouloir (ou du support technique en cas de problème) d’une entreprise tierce. Si le réseau MSN tombe, l’entreprise n’a plus de moyen interne de communiquer. Le réseau Jabber ne peut pas tomber, et même sans être lié à l’Internet (problème de connexion avec leur fournisseur d’accès), l’entreprise a son système de communication interne. En outre, l’entreprise contrôle en interne les communications, donc pas de problème d’espionnage industriel par la technique. Sans parler d’une personnalisation des logins en cas d’ouverture au reste du réseau: les employés par exemple possèdent une adresse de messagerie avec le nom de l’entreprise, tout comme pour les mails d’une entreprise avec ses propres serveurs mails. Il n’en est pas de même avec les comptes d’autres réseaux (c’est un détail, mais ça fait plus “pro”, et je sais que c’est un point qui peut toucher certains).

Conclusion de la Seconde Partie de notre Trilogie

Pour résumer, avec Jabber je n’ai pas accès à un réseau de messagerie instantanée, j’ai accès à un système de réseau de réseaux. Si ça vous fait penser au web et à l’Internet, c’est normal, le concept est identique. Si ça vous fait penser à tous les moyens de communication existant, c’est encore normal. Si ça ne vous fait pas penser à MSN, c’est toujours normal.
Ainsi avec Jabber, vous n’êtes plus dépendant d’une unique entreprise qui vous mêprise. Vous choisissez le fournisseur de service qui vous convient. Vous choisissez le logiciel qui vous convient. Et si l’un des deux ne vous plaît plus, vous pouvez toujours en changer indépendamment. Par contre vos contacts sont toujours accessibles.
Si vous êtes une entreprise (une association, un organisme quelconque), vous pouvez même créer votre propre réseau Jabber, lié ou non au réseau global.
Dans tous les cas, vous maîtrisez vos données, vos conversations, vous avez le droit et la possibilité de crypter ces dernières pour que personne (même pas les serveurs intermédiaires) ne puisse espionner (dans la limite des possibilités techniques actuelles évidemment).
Finalement avec Jabber, vous gardez un vrai contrôle.

Le prochain (et dernier) épisode vous racontera l’avenir radieux de Jabber pour finir de vous persuader. :-)

[1] Titre 1er, Chapitre 1er, Article 4: Loi pour la confiance dans l’économie numérique.

[2] Pour les personnes intéressées, je pourrais parler dans un billet ultérieur de moyens pour concilier le respect des standards et de la concurrence avec des moyens de gagner de l’argent. Et même… comment faire de l’argent tout en faisant des logiciels Libres. :-)

[3]Personne ne peut vérifier la sémantique du langage pour y détecter des failles de sécurité. De même avec l’existence d’un unique logiciel (de source fermé en plus), il est également très facile de trouver des failles communes à tous au niveau logiciel. Il y a donc double source de failles, car personne ne peut vérifier ni le langage, ni le logiciel. Ainsi des virus ont trouvé à maintes reprises des trous de sécurité dans le protocole ou le client pour infecter les utilisateurs.

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18th mai 2006

La Guerre des Messagerie Instantanée — épisode 1: la menace des fantômes…

Ce billet est le premier d’une série de 3 billets:
la trilogie de la Guerre des Messageries Instantanées.

La Guerre des Messageries Instantanées -- Episode 1
La Guerre des Messageries Instantanées — Episode 1
(image satirique à partir des logos MSN et AIM par moi-même)

J’avais commencé cette série de billets il y a un certain temps déjà. Je profite de l’imminence de l’Open Discussion Day pour me forcer à les finir.
J’en profite aussi pour saluer un des piliers de Jabber, lequel a récemment trouvé la mort: Peter Millard. Je ne vais ni m’attarder sur le sujet, ni me prononcer sur sa vie, je trouverais cela insultant envers sa famille et ses amis car je ne connaissais pas cet homme (ce serait donc un larmoiement hypocrite, chose que je déteste). Seulement il mérite d’être retenu pour son œuvre.

Pour ce premier épisode, je vous raconterai l’histoire des messageries instantanées. Ben oui, il faut bien que quelqu’un vous fasse un peu l’histoire des choses importantes. Non parce que les rois de France, les guerres mondiales, tout ça, c’est cool un moment, mais les jeunes de nos jours, ils s’en foutent. Eux, ce qu’ils souhaitent, ce que vous souhaitez, c’est discuter avec vos clients, vos potes, vos collègues, votre famille sur MSN, voire même carrêment parler en direct avec eux à l’autre bout du monde pour presque rien avec Skype. Elle est pas belle la vie moderne?

Les débuts

Originellement la messagerie instantanée s’est massivement répandue sur le net grâce à ICQ (1996) de la société Mirabilis, lequel peut être considéré comme le père de la messagerie instantanée grand public (jusque là, les systèmes messagers restaient des protocoles de niches pour des utilisateurs très spécifiques et n’avaient pas “décollé”). Une fois le mouvement lancé, ICQ a vite été rejoint, puis supplanté par des réseaux comme AIM (le réseau d’AOL, leader mondial de la messagerie instantané; notons qu’entretemps, ICQ a été racheté par AOL, et que les 2 réseaux sont devenus compatibles: on peut communiquer de l’un à l’autre), le réseau Yahoo!, et MSN (porté au sommet en France grâce à la désormais célèbre technique de vente forcée de Microsoft).[1]

Fermés de Corps et d’Esprit…

Tous ces réseaux ont une chose en commun: leur fermeture. Cette fermeture se caractérise par deux points:

  • Le protocole est fermé[2]: personne — hormis les entreprises concernées — ne savent réellement comment marchent ces réseaux. Par analogie avec des langages — car c’en sont à certains points de vues — on peut affirmer que nous ne connaissons ni la grammaire, ni le dictionnaire de ces protocoles. Donc pour les comprendre, les informaticiens tiers décodent par ce que l’on appelle la rétro-ingéniérie.
    L’une des conséquences est la perte de temps (imaginez le temps gagné si Champollion avait trouvé un dictionnaire et une grammaire pour déchiffrer les hyéroglyphes?!). Une autre est un décodage parfois imparfait (d’où le fait que des logiciels tiers peuvent mal implémenter certaines fonctionnalités).

    Pourquoi donc veut-on décoder ces protocoles?
    Par exemple parce que le logiciel officiel ne plaît pas ou ne convient pas à nos besoins. Ou encore certains veulent pouvoir se balader sur plusieurs réseaux simultanément pour parler à des amis dispersés, et pour cela ils veulent pouvoir utiliser un unique logiciel multi-protocole, au lieu de devoir en installer et en lancer plusieurs. Enfin certains systèmes d’exploitation ne possèdent pas de client officiel. MSN messenger par exemple n’existe que pour les systèmes Windows (et encore pas tous!) et Mac OS. On oublie alors les systèmes GNU, les systèmes Unix, les systèmes BSD, et bien d’autres moins connus… Comment font-ils pour parler à leurs amis? N’ont-ils pas le droit? D’autres raisons encore peuvent expliquer le besoin de décoder ces protocoles fermés.

    Vous pourriez me dire “mais pourquoi les entreprises ne fournissent pas les caractéristiques des langages? Ce serait bien plus simple“. Je vous conseillerais d’aller le leur expliquer, mais beaucoup de gens ont abandonné de raisonner avec les logiques commerciales et désirs de monopole.

    Plus de détails quant à la notion de protocoles ou formats ouverts et fermés peuvent se trouver dans l’excellent site formats-ouvert.org de Thierry Stoehr.
  • Le réseau lui-même est fermé: qu’est-ce à dire? Et bien qu’il n’est pas possible de dialoguer avec quelqu’un d’un réseau autre que le sien propre. La plupart des gens trouvent cela normal, car ils se sont habitués à cet état de fait, cette technologie ayant connue son essor avec des réseaux fermés. Mais transposons maintenant au monde des réseaux téléphoniques. Trouveriez-vous normal de ne pas pouvoir appeler votre copine sous Bouygues parce que vous êtes sous Orange? Trouveriez-vous logique que votre ligne fixe Neuf telecom ne puisse appeler que d’autres téléphones Neuf Telecom, et pas votre famille qui utilise France Telecom? Alors pourquoi estimez-vous raisonable que votre compte MSN ne puisse pas vous permettre de dialoguer avec votre ami polonais qui utilise gadu-gadu? Non ça ne l’est pas.

    En ce sens, dernièrement les grands de la messagerie propriétaire font des efforts puisqu’on parle d’alliances pour rendre des réseaux compatibles (cela reste cependant principalement des rumeurs, ou bien des projets assez discrets. Aux dernières nouvelles, j’ai entendu parler d’alliances Google/AOL et Microsoft/Yahoo. Mais rien de bien établi donc). Pourtant ce sont malheureusement plutôt des alliances de pouvoir qu’un désir d’intéropérabilité (le but étant de supplanter les autres réseaux et de les faire couler en s’associant avec un autre mastodonte du milieu), sinon pourquoi ne pas tout simplement ouvrir leur réseau en le rendant interropérable avec tous les autres?

Au secours Obiwan Kenobi!!!

Comme des Zorro numériques des temps moderne, certains protocoles se sont manifestés ces dernières années. Parmi eux sont Jabber/XMPP, ou encore SIP/SIMPLE (Jabber est originellement davantage orienté textuel comme MSN/Yahoo!/AIM, et SIP est plutôt orienté téléphonie par IP comme Skype, bien que ça tend à se recouper avec le temps), les 2 protocoles ayant — au contraire de leurs homologues propriétaires — pour avantages majeurs d’être des protocoles ouverts, normalisés (par l’IETF), et d’avoir des buts et des espoirs d’interopérabilité.

A suivre…

[1] Il existe aussi d’autres réseaux méconnus dans nos contrées francophone, comme Gadu-Gadu, réseau majeur en Pologne par exemple.

[2] Certains pensent que des protocoles comme MSN ont été ouverts. Un simulacre d’ouverture a en effet été entrepris en 1999, mais rien n’a filtré sur les modifications des 11 versions sorties depuis.

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10th avr 2006

19 mai 2006: Open Discussion Day

Certains auront peut-être remarqué dans ma page de contact que le seul protocole de messagerie instantanée que j’utilise est Jabber. Si vous ne connaissez pas, sachez qu’il s’agit à l’heure actuelle du seul protocole ouvert véritablement destiné à la discussion dans la veine du fameux trio AIM/MSN/Yahoo!.

Ce protocole est décentralisé, à l’image de l’internet. C’est pourquoi, comme lui, il est incontrôlable. Aucune société, aussi riche et puissante soit-elle, ne devrait être capable un jour d’en prendre un contrôle total, au pire seulement une influence sur une certaine partie du réseau, mais parsemée de pôles de dissidents résistant encore et toujours à l’envahisseur. Cela vous permet notamment d’être toujours capable de protéger votre vie privé (pour autant que la technologie et la loi le permettent), et vos conversations. D’ailleurs Jabber est le seul protocole à encourager et proposer de base des possibilités de cryptage des communications de client à client. Le protocole étant connu, vous pouvez utiliser le client de votre choix, en écrire un, de même que gérer votre propre serveur Jabber (pour votre entreprise par exemple).
Notez d’ailleurs qu’il s’agit du seul protocole de messagerie instantanée qui ait été standardisé par l’IETF (ceux-là même qui ont standardisé le langage html, le protocole http, etc., finalement les bases du web) sous l’appellation XMPP.
J’écris depuis quelques temps une série de billets sur les messageries instantanées, et ce protocole en particulier, donc je ne vais pas m’attarder plus avant que cette présentation basique du réseau et aller au but de ce billet-ci.

Open Discussion Day logo
Logo de l’Open Discussion Day par Robert Bugg Quattlebaum Jr., alias Darco, modifié par Ploum

Je voulais donc annoncer une sympathique initiative de Ploum: l’Open Discussion Day.

Le concept est très simple. Il s’agit d’un jour, à savoir le 19 mai, dédié entièrement aux protocoles ouverts, et à l’intéropérabilité dans nos communications quotidiennes.
J’aurais tendance à étendre donc ce principe à bien d’autres cas, mais pour ne pas se disperser, ce jour semblerait se focaliser sur l’utilisation du protocole Jabber.

Deux cas:

  1. Utilisateur de Jabber: pour vous, cela consiste à ne pas utiliser de messagerie instantanée fermée cette journée entière (allez, une journée, c’est rien non?), et uniquement votre compte Jabber lorsque vous vous connecterez. Donc pas de MSN, pas de Yahoo!, pas de ICQ, pas de AIM, ou autre. Evidemment pour que ce soit efficace et intéressant, prévenez vos amis sous les réseaux fermés que vous fréquentez, et expliquez leur brièvement la démarche. Eventuellement, redirigez les vers le billet de Ploum (ou le mien ;-) ) afin de leur expliquer les raisons de cette journée. Le but est évidemment de faire créer des nouveaux comptes pour le réseau Jabber aux gens. Ca ne leur fera pas lâcher pour autant leurs autres réseaux, mais au moins découvrir Jabber, et ainsi progressivement faire connaître le réseau Libre.
  2. Non-utilisateur: et bien, essayez donc le réseau Jabber! Faites vous un compte sur l’un des très nombreux serveurs, entraînez vos amis dans l’aventure… Posez-vous des questions sur votre utilisation actuelle (éventuelle) des messageries instantanées, de ce que vous attendez d’un véritable médium de communication, autant efficacement qu’éthiquement. Vous ne le regretterez pas.

Il est vrai que l’un des principaux critères de refus des connaissances face à ce réseau si peu connu est l’absence de contacts. C’est donc encore une fois le serpent qui se mord la queue (y en a beaucoup des serpents un peu bêtes ces derniers temps, dites donc!). Rompons ce cercle vicieux! Et après tout, si vos amis en sont vraiment, ne devraient-ils pas être capable de faire un très léger effort (création de compte Jabber, et chargement d’un des trèèès nombreux clients), qui au final les libèrera aussi?
Un petit effort de groupe pour l’occasion est donc une occasion en or.

Je ne sais pas si elle sera efficace, mais je remercie Ploum pour cette initiative, idée qu’il a eu lorsqu’un des développeurs de Pandion (client Jabber, malheureusement propriétaire cependant) — surnommé Darco — a annoncé qu’il allait quitter totalement tout réseau propriétaire pour son anniversaire (le 19 mai donc). Quelle belle opportunité à saisir au vol! Je n’avais malheureusement pas pu participer au CSS Naked Day, ayant eu l’information par le biais du Standblog au dernier moment. Cette fois-ci, Je suis heureux de pouvoir apporter ma petite pierre à l’action en relayant l’information (même si techniquement je suis déjà entièrement sous réseau Libre, n’utilisant plus du tout de réseau propriétaire depuis plus d’un an).

Pour finir, je vais y aller de mes petits conseils. Tout d’abord, si vous cherchez un client (la partie logicielle), vous pouvez vous rendre simplement sur cette page où sont répertoriés des clients par plateforme et licence. N’hésitez pas à tester, et à conseiller votre préféré à vos amis.
Pour le choix du serveur, évitez à tout prix le serveur officiel de la fondation jabber.org. En effet, ce dernier est surchargé, et les problèmes sont plus fréquents qu’ils ne devraient l’être. Cela donne une mauvaise image du réseau, alors que cela n’a rien à voir. C’est uniquement un excès de popularité qui nuit techniquement (or le but de Jabber est justement d’exploiter la décentralisation!). Pour le reste, voici une liste non exhaustive de serveurs publics par pays. En général l’inscription ne requiert même pas d’utiliser le moindre navigateur pour aller s’inscrire. Elle peut se faire entièrement depuis votre client Jabber, la première fois que vous vous connectez (simplement avec un pseudo et un mot de passe, sans vous demander d’informations personnelles obligatoires où vous mentirez).

Une autre solution pour les possesseurs d’un compte GMail est de l’utiliser comme compte Jabber. En effet, les utilisateurs d’un GoogleMail possèdent — sans forcément le savoir — d’emblée un compte Jabber (le même que pour le mail) utilisable sur l’ensemble du réseau Jabber (le réseau GoogleTalk n’est en effet rien d’autre que les serveurs Jabber de la société Google). De même sous Windows, vous pouvez utiliser le client officiel de Google. Les gens ont souvent moins peur quand ils ont à faire avec une grosse entreprise si renommée.

N’hésitez pas à me poser toute question, ou toute demande d’aide par mail ou par commentaire. Je me ferai une joie de répondre.

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30th mar 2006

L’Art Libre est en route

Je parlais récemment du jeu vidéo comme un art d’après ma propre conception d’un jeu. Ce qui pose problème à beaucoup de gens quant au principe de liberté d’un jeu vidéo dans un but commercial, c’est le semblant de “finalité” de ce dernier. A priori (a priori seulement), il n’y a pas de valeur ajoutée, comme un service sur le “produit”, derrière pour justifier la rétribution d’un jeu vidéo Libre, donc potentiellement disponible gratuitement. C’est un problème transposable à l’Art en général. Pourquoi payer une musique ou un film si on a le droit de les télécharger gratuitement? Pourquoi rétribuer un auteur quand on pourrait profiter de lui sans le récompenser? Les raisons sont multiples, mais je suis actuellement en train d’écrire des textes à ce sujet. Or mes billets sont déjà trop longs, donc je vais en venir au fait.

Depuis quelques années, l’Art dit Libre tente de faire son nid. Cela s’est particulièrement remarqué par les créations, et surtout la célébrité, de certaines licences, comme les Creative Commons. Pour moi ces dernières ne sont pas toutes qualifiables de Libre pourtant (en fait très peu le sont), ça a d’ailleurs provoqué quelques clashes entre la Free Software Foundation et Creative Commons. Quelques artistes tentent l’aventure tant bien que mal, bien que certains sont plus ou moins Libres, voire pas du tout selon moi, même s’ils surfent sur ce mot commun, en jouant avec le large éventail des licences CC. Ils ont au moins l’avantage cependant d’être gratuits pour des buts non commerciaux la plupart du temps, et c’est déjà un très bon début.

Mais l’Art Libre, c’est plus que cela. Il sera atteint quand il se référera à une définition proche de la définition de la Liberté par la FSF. Une licence d’Art Libre déjà meilleure car elle intègre davantage un “background” idéologique, basé sur la “copyleft attitude”, est présenté sur http://www.artlibre.org (assez similaire à la CC by-sa dans les faits), proche de la GPL pour l’art. Personnellement je conseille d’utiliser la licence Art Libre, plutôt qu’une licence CC.
Copyleft Attitude
la Copyleft Attitude, logo sous licence Art Libre

Un récent projet de court métrage commercial a bien compris cela, et est pour moi l’une des premières oeuvres majeures vraiment Libres, et viables commercialement! Il s’agit du projet Orange, sponsorisé par la Fondation Blender et Montevideo (Netherlands Media Art Institute). Attention! Quand je mets ce projet en avant comme un des précuseurs de l’Art Libre, je ne veux en aucun cas dénigrer tout autre projet artistique et Libre antérieur. Seulement ce projet a eu la chance d’avoir des origines — et donc des sponsors — imposantes, et relativement connues, ce qui lui permettra éventuellement d’être sur le devant de la scène. Vous pourrez donc récupérer le film gratuitement, le redistribuer — et ce même contre de l’argent –, le diffuser à la télé, au cinéma, etc. puisque le film est sous licence CC by, plutôt un équivalent de la licence BSD pour l’art.

Elephants Dream
Elephants Dream”, le film produit par le projet Orange, sponsorisé par la Blender Foundation et Montevideo.

Pourtant, j’ai dit aussi qu’il est viable, car je pense en effet que c’est un des buts de ce projet (même si le but premier est de prouver que les logiciels Libres peuvent être de qualité commerciale et industrielle, et aussi de les améliorer, ils ne le font ds une optique déficitaire).
D’ailleurs, je vous enjoindrais bien d’aller commander le DVD sur la boutique Blender, lesquels devraient bientôt être envoyés, puisque la première s’est jouée au cinéma le 24 mars dernier, à Amsterdam. Il est un peu cher, mais bon ça permet de financer un très bon projet, et surtout rien ne vous empêche de vous mettre à plusieurs pour le payer, puis le graver ensuite (en toute légalité, c’est du Libre!!! Et sans DRM svp ;-) ). J’en ai bien évidemment déjà acheté ma propre copie. :-)

J’en profite également pour annoncer pour la première fois quelque part (même si ce n’est toujours pas une annonce très officielle, car mêlée à de l’information tierce) la création par un ami et moi d’une association française loi 1901 appelée LILA. Son but est de promouvoir l’Art Libre.
Voici un extrait des statuts, traitant de l’objet de l’assoce:

L’association se donne pour buts de promouvoir l’Art Libre et les artistes produisant des œuvres Libres, à l’aide de toutes sortes d’activités.

Par Libre, il est entendu une définition de Liberté inspirée par la notion de “Logiciel Libre”, telle que décrite par la Free Software Foundation, et s’étendant à toute forme d’Art.

Le concept de Liberté d’une œuvre se traduit dans sa licence d’utilisation et de diffusion, donnant la quadruple liberté de jouir de l’œuvre, de la distribuer, de la modifier, et de l’inclure à une œuvre tierce.

Un site web très basique est en préparation pour présenter l’assoce (annonce: nous recherchons d’ailleurs un webmaster qualifié).
Notez que j’ai déjà contacté Ton Roosendaal, puisque je pense que le projet Orange rentre tout à fait dans l’idéologie de LILA, et que je vais tenter d’organiser un évènement sur Paris, qui consistera notamment en une projection d’Elephant Dreams (nom du film produit par le projet Orange) dans un cinéma parisien. Pour l’instant, rien n’est encore vraiment au point, mais ça avance, ça avance…
Toute bonne volonté est évidemment la bienvenue.

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28th mar 2006

Le jeu vidéo sous GNU/Linux: un secteur clé à conquérir!

Contrairement à ce que pensent certains, le problème majeur des systèmes Libres — systèmes GNU/Linux en tête — n’est pas le manque de convivialité, la complexité, voire même des logiciels Libres soit disant moins performants que leurs équivalents propriétaires hors de prix (les fameuses batailles Gimp/Photoshop, Blender/3DSMax, OpenOffice.org/Microsoft Office, Mozilla Firefox/Internet Explorer, etc.). Selon moi d’ailleurs dans la plupart de ces domaines, le Libre a déjà surpassé le propriétaire (oui, même sur les questions de convivialité et de simplicité, malgré des préjugés infondés).
Eventuellement le problème des logiciels se pose plutôt par leur absence dans des branches professionnelles très spécifiques. Par exemple un ami — passé sous GNU/Linux depuis un an — utilise toujours professionnellement Windows, parce que son activité d’ingénieur l’oblige à utiliser des logiciels non portés sous Linux, et sans équivalents, dit-il. N’y connaissant rien en ingéniérie, je veux bien le croire. Mais ce n’est pas ça qui arrête la majorité d’autres personnes.
Je pense même que le problème est inverse: quand le grand public sera plus massivement sous des systèmes Libres, alors les fabricants de logiciels porteront leurs produits pour ces plateformes. C’est un peu le problème posé dans cet article ancien, mais toujours autant d’actualité, qui explique les monopoles par le fait que les particuliers utilisent chez eux des versions pirates de logiciels à connaître pour être employable; et réciproquement que les entreprises demandent de connaître ces logiciels car ce sont ceux que les gens ont chez eux. Le serpent qui se mord la queue… Là ce n’est pas le même serpent, mais il se mord aussi la queue: certains utilisateurs n’utilisent pas GNU/Linux parce que certains programmes spécifiques n’ont pas d’équivalents; et les éditeurs ne portent pas leurs logiciels spécialisés sous GNU/Linux puisqu’il n’y a pas assez d’utilisateurs, donc pas de marché.

Nexuiz, Doom-like Libre
Nexuiz, Doom-like Libre.

Bien sûr, les faits nous assènent que 95% du code produit l’est pour l’entreprise. C’est donc embêtant que des secteurs professionnels ne trouvent pas leur bonheur sur GNU/Linux. Ce qui nous sauve, c’est que ces logiciels spécialisés sans équivalents ne touchent pas tant de monde, la plupart des boîtes pouvant se contenter professionnellement d’un traitement de texte, d’un programme de comptabilité, de programmes pour l’internet, le reste étant de toutes façons programmé en interne quand c’est trop spécifique à l’activité de l’entreprise. L’argument des quelques secteurs où l’offre logicielle est insuffisante n’est donc pas viable pour moi, et surtout il s’amenuise grandement avec le temps.

Une autre différence de taille à ce problème insoluble, c’est qu’une part gigantesque de la population s’est acheté son ordinateur personnel pour se détendre (et n’a pas forcément besoin de devoir utiliser les logiciels de l’entreprise chez soi), ne nous voilons pas la face! Or la détente passe notamment par le jeu.

Finalement donc un des points majeurs qui arrête la progression du logiciel Libre, c’est le jeu vidéo. Si on prend les jeunes, la plupart jouent plus ou moins régulièrement à des jeux commerciaux. Or ces derniers sont malheureusement la plupart du temps uniquement écrits pour Windows. Certains éditeurs se sont mis à percer vers la Liberté cependant. Par exemple, les “doom-like” sont de plus en plus souvent portés sous Linux (les Unreal, les Quake, Doom 3, etc. ont des versions natives), voire même le code source est “libéré” après quelques années (John Carmack fut un des premiers à `libérer” le code de ses jeux, les Quake, sous la licence Libre GPL après quelques années de vente)! Certaines boîtes ont même tenté l’aventure avec succès dans d’autres genres. Bioware par exemple a porté son best-seller Neverwinter Nights sous les 3 plateformes principales: Windows, Mac et Linux. Je peux vous assurer que ça m’a fait plaisir. Bioware était déjà à une époque ma boîte de jeu vidéo préférée, depuis encore plus (c’est d’ailleurs la seule boîte de logiciels propriétaires pour laquelle j’accepterais sans hésitation de faire du logiciel propriétaire pendant quelques temps, à l’heure actuelle, si on me le proposait). Je mets d’ailleurs beaucoup d’espoir sur leur futur jeu “Dragon Age”; peu d’infos ont filtré jusqu’alors, mais j’espère qu’ils n’oublieront pas leurs fans sous des systèmes Libres.

Néanmoins nous n’en sommes pas encore arrivés au point clé où les utilisateurs sont suffisamment nombreux pour inciter les éditeurs à porter massivement leurs jeux sous Linux, et où les jeux sous Linux sont suffisamment nombreux pour que les utilisateurs n’hésitent plus à massivement tenter l’aventure d’un système Linux à la place de Windows. C’est toujours le serpent qui se mord la queue, mais à un autre endroit (décidemment!).

Glest, STR Libre
Glest, jeu de stratégie temps réel Libre.

Pourtant selon moi, il est là question d’un point majeur de la bataille du Libre. En effet, malheureusement autant les plateformes Libres proposent largement de quoi contenter les joueurs de petits jeux (bien plus que sous windows d’ailleurs! Si vous avez une grand mère fan du démineur, des solitaires, et autres mini-jeux, alors ils seront aux anges dans le monde Libre qui regorge de ces jeux, souvent de très grande qualité), autant les jeux ambitieux arrivent rarement à la hauteur des gros jeux commerciaux de qualité. Il faut bien se rendre compte de l’ampleur de l’industrie du jeu vidéo. Des sommes, et des ressources humaines peu concevables sont utilisées pour créer ces best-sellers (un jeu comme Neverwinter Nights a nécessité 160 années humaines de développement). Et parfois, quand ces ressources sont bien utilisées, on arrive à de véritables chef-d’oeuvres; car pour moi en effet, le logiciel peut parfois être assimilé à de l’art, et le jeu vidéo en particulier, quand il ne se limite pas à du bourrinage par exemple, mais inclue une vraie trame narrative.
Je pense que nous avons clairement besoin que l’industrie du jeu vidéo s’intéresse à notre plateforme pour enfin la rendre grand public. C’est le point d’équilibre qui manque pour faire basculer la balance de notre côté.

C’est donc pour moi un des grands combats à venir, même si peu s’en rendent compte, se focalisant principalement sur le marché professionnel, qui est effectivement le plus gros. Pourtant, j’ai démontré que si les gens utilisaient GNU/Linux chez eux pour le plaisir, ce serait également plus présent dans leurs bureaux. Acquérir par le biais du jeu le marché grand public, même s’il est moins important, est donc logiquement une des étapes majeures vers le marché des industries. Le jeu vidéo est clairement une faille plus fragile pour faire lâcher sa queue au serpent.

Ensuite qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. Il n’est nullement question d’affirmer que le logiciel propriétaire est plus performant que le Logiciel Libre en ce qui concerne les jeux vidéos (Certains articles sont très optimistes quant à l’avenir du jeu Libre.). D’ailleurs, relisez bien, je n’ai nulle part fait mention de jeu propriétaire, seulement de jeu commercial. Il est cependant évident — au début du moins — que les jeux commerciaux sous Linux seraient majoritairement propriétaires, mais je crois que c’est un moindre mal; et il n’en reste pas moins que je suis également persuadé de la viabilité d’un système de jeu commercial Libre. Ce sera évidemment un tout autre modèle économique que celui utilisé actuellement par le logiciel Libre professionnel, puisque la notion de valeur ajoutée est totalement autre alors! Cependant pour moi, c’est une notion clairement présente, et je pense justement que des entreprises comme Bioware ont montré un début de voie, plus ou moins sans le savoir. Je parlerai probablement plus en détail de ces points précis dans un autre billet.

Pour finir sur ce billet de manière informative, je voulais pointer du doigt les possibilités actuelles du jeu vidéo sous Linux. Tout d’abord — déjà dit — les petits jeux ont la part belle. Des sites comme jeuxlibres.net listent les jeux Libres. Des listes de jeux commerciaux sont cependant accessibles à divers endroits, et on peut constater que plusieurs best-sellers ont des ports linux, même si ce n’est pas souvent connu.

Notons également que Linux prend de plus en plus de parts dans les systèmes embarqués, et en particulier portatifs, que ce soit les téléphones portables, les PDA… Les consoles sont aussi de la partie, notamment avec GP2X (console portable coréenne qui devrait arriver chez nous), mais plus récemment — et plus connue — la PS3! Je pense que cette dernière nouvelle est très bonne, car elle laisse potentiellement présager de facilités accrues pour les ports de jeux Linux sous PS3, et surtout vice-versa! Qui sait donc si — pour le coût de quelques légers changements dans le code, et d’une simple recompilation — les éditeurs de jeux consoles ne trouveront pas intéressant d’inonder notre marché Linux avec des jeux vidéos commerciaux? Je pense que ce serait un très bon début vers la démocratisation des systèmes Libres.

Posted by Jehan under Le Libre | 2 Comments »