12th juil 2006

Wish you had been happier

Je l’ai déjà dit dans un précédent billet: je n’aime pas faire d’hommage.
Un hommage de personnalité connue (mais non personnellement par votre maître), je trouve souvent cela ridicule. Comment peut-on réellement s’émouvoir — j’entends au plus profond de soi — de la disparition de quelqu’un avec qui on n’a jamais parlé et encore moins de choses privées? Quant à un hommage à un ami, parfois certaines choses devraient rester privées et je n’ai pas toujours envie que quiconque connaisse ma vie privée; d’ailleurs je suis pas vraiment sûr que cela puisse vous intéresser (même si ça peut être un beau geste de rendre un hommage pur et sincère dans certains cas pas trop médiatiques, bien vus ou purement politiquement correct, choses que je désapprouve le plus dans les déballages de sentiments).

Néanmoins je me fais mentir puisque je me suis senti le besoin de faire un hommage pour un homme, un homme public que je n’ai jamais rencontré personnellement en plus: Syd Barret. Vous l’aurez donc compris, j’apprends juste que ce dernier vient de décéder. Et il faut le dire, pour une fois c’est une mort publique qui m’a vraiment fait un coup.

Membres du groupe Pink Floyd
Les membres de Pink Floyd, Syd Barret deuxième à gauche (image sous copyright, mais j’ai du mal à en cerner l’auteur. En cas de problème sur l’utilisation de la photo, ne pas hésiter à me contacter)

Je ne vais pas raconter sa vie. Je ne suis pas un expert des ragôts des groupes de musique ni un historien musical. Pour avoir un bon aperçu de son parcours, regardez plutôt l’article wikipedia.
Cet homme donc, si inconnu pour moi et pour beaucoup, au parcours ardent et éblouissant mais extrêmement court (comme beaucoup de grands musiciens morts jeunes ou à la carrière courte. Il fut nommé le “Crazy Diamond” — littéralement le Diamant Fou — dans une chanson hommage du groupe Pink Floyd après la séparation: “Shine On You Crazy Diamond”) a pourtant été une de mes influences musicales majeures. Je ne veux pas non plus tout mettre sur le compte de Syd Barret. Pink Floyd est probablement mon groupe préféré dans son ensemble et ce n’est pas pour rien que tous les musiciens sont justement passés dans la légende de leur vivant.
Mais cet homme, ce fou extraordinaire, touchait au génie. Et il fut à l’origine de plusieurs très beaux — du moins extravagants, fous ou tout simplement psychédéliques par définition — morceaux du groupe.

Il est simplement malheureux que cet homme ait eu son existence. Evidemment je ne sais rien de lui, je ne veux donc pas trop m’avancer sur sa vie ni surtout dans quel esprit il l’a vécue. Néanmoins tout laisse à penser, en lisant les mini-biographies, qu’il n’a pas eu la plus heureuse des vies et il semble qu’il ait regretté beaucoup de choses. J’espère seulement qu’il a tout de même connu suffisamment de bonheur; et si jamais il devait exister une vie après la mort — ou disons une mort consciente, une conscience de mort, qui sait? — qu’il aura une belle continuation.
Je ne rends donc pas un hommage à cet homme pour sa vie exemplaire, ni pour un amour inexistant que j’aurais pu éprouver pour lui. Il a eu sa vie, j’ai eu la mienne. Elles ne se sont pas croisées. Non je lui rends hommage pour son œuvre, belle œuvre qui m’a marqué.

Sur ce, je vais continuer à écouter les quelques CDs des Pink Floyd où il a composé (en particulier “The Piper at the Gates of Dawn“, presque entièrement écrit de ses mains, et “Relics” avec plusieurs morceaux de sa composition). C’est le meilleur hommage que je puisse lui faire et finalement n’est-ce pas le meilleur moyen que je connaisse qui lui permettra de vivre encore à nos oreilles et de vibrer dans nos âmes?

Posted by Jehan under Musique | 1 Comment »

19th juin 2006

Fête de la musique: le groupe sans nom

Allez aujourd’hui, je suis un fou! Carrêment 2 billets le même jour (le billet sur Stallman était totalement imprévu)!

Pour ce second billet, je me permets de me faire ma petite pub perso parmi mes quelques lecteurs réguliers; ou bien les irréguliers, qu’importe! C’est donc un billet de la catégorie “le quotidien d’une Marmotte” (ma vie quoi), n’hésitez pas à passer votre chemin si vous vous en fichez.

J’ai monté il y a peu un groupe de musique (pour être précis, les premiers essais furent en fin 2005, mais ça a vraiment démarré début 2006). Evidemment fête de la musique aidant, nous comptons nous produire dans la rue, comme tout pathétique groupe amateur de musique que nous sommes.

Pour avoir une idée de notre musique, il s’agit de rock-blues, plutôt calme que hard. Nous avons des goûts — et par conséquent influences — musicaux assez diversifié, mais notamment nous aimons tous beaucoup les Pink Floyd (mon groupe préféré). Donc vous attendez pas à entendre de la pop. On essaie de faire de la belle musique avant tout, même si c’est pas gagné. ;-)

Le groupe comprend à l’heure actuelle (excusez moi pour la qualité des photos, prises avec le téléphone de Greg, notre premier fan; et surtout parce qu’il manque 2 des musiciens — lesquels sont en plus des musiciennes — car elles n’étaient pas là quand on a pris les photos):

  • Lisa: flutiste-chanteuse. Seule personne inconnue jusqu’à peu, je l’ai “recrutée” après avoir passé plusieurs annonces dans des boutiques et sur des sites web;
  • Sandra: pianiste. Je l’ai connue par mon frère avec qui elle a dansé, les 2 étant danseurs; excellente pianiste au passage, de formation classique bien évidemment comme la plupart des pianistes, mais avec un peu d’habitude, elle fera une très bonne improvisatrice blues. Elle est également l’auteur d’une des compositions qu’on travaille;
  • Florent: guitariste. Je l’ai connu lors de soirées par l’intermédiaire d’un ami commun. L’un des seuls à être de l’aventure depuis le début de tentative de montage de groupe;
    Gauche à droite: Lionel et Florent
    Lionel (gauche), Florent (droite)
  • Lionel: guitariste. Marseillais, il était mon voisin au Danemark; mais je l’ai réellement connu parce qu’on bœufait ensemble tous les jeudis à Fedtebrød, le bar le plus miteux que vous pourriez vous imaginer lorsque vous pensez à des histoires improbables. Mais ce bar avait l’avantage d’avoir — en plus d’ivrognes y habitant, d’un barman écolo, de bagarres générales, etc. — une scène avec du matériel. J’ai fait venir spécialement Lionel du sud (prétexte: un semestre de stage de fin d’étude), étant donné qu’il est vraiment pas mauvais guitariste, et il est devenu notre compositeur principal;
  • Yoann: batteur. Tout comme Flo, il est également là depuis le début. Je l’ai connu par internet (à une époque où je jouais un peu). En réalité pianiste excellent de formation (il l’était dans le groupe à l’origine d’ailleurs avant de se mettre à la batterie où il n’excelle pas encore, mais où il tient son rôle comme il faut), il est un des piliers du groupe, parce qu’il a une connaissance particulièrement utile des théories musicales et de l’harmonie en générale.
    Yoann (batterie), Jehan (harmo)
    Yoann à la batterie, moi à l’harmo
  • Enfin votre maître (weah, y en a marre de ceux qui disent “votre serviteur”. Quitte à choisir, je préférerais être le maître que le serviteur… :-p) à l’harmonica.

Je ne vais pas uploader de morceau, car aucune version qu’on a enregistré ne me satisfait. Je les fais parfois écouter, mais quand je suis à côté pour commenter. ;-) Et pis ce serait nul que ça tombe entre de mauvaises mains dans 20 ans, quand on sera des stars mondialement connues. Franchement… ce serait la honte qu’à ce moment là, les gens écoutent ce qu’on faisait à nos débuts. :-D
Si donc vous voulez avoir un aperçu, n’hésitez pas à passer nous voir lors de la fête de la musique. Nous serons mercredi 21 juin sur un balcon au premier étage du 34, rue Orfila 75 020 Paris (M° Gambetta).

L’horaire n’est pas encore précisé (une bonne approximation serait en soirée, vers 20H je pense), mais si vous voulez passer, sachez que je ferai un edit du billet d’ici demain soir.
Peut-être à mercredi alors.

EDIT pour l’horaire: le “concert” se déroulera donc à 20H00 à l’adresse indiquée plus haut. Bonne soirée à tous, et bonne fête de la musique (que vous veniez nous voir ou pas).
A propos nous avons peut-être trouvé un nom, à savoir les Reed Shank.

Posted by Jehan under Le quotidien d'une Marmotte, Musique | 3 Comments »

19th juin 2006

On n’aime pas les intégristes!

Richard Stallman[0] n’est pas “bon chic bon genre”. Je ne crois pas l’avoir jamais vu en costard-cravate. Je doute qu’il soit du genre à proférer des politesses mielleuses et douces courbettes pour adoucir les interlocuteurs, voire même ses adversaires d’opinion. En fait, il est l’inverse de toute cela. Touffe de poils jamais coupée, mal coiffé et rasé (enfin… “mal” est un euphémisme, j’aurais tendande à dire “pas” à la place), tee-shirts fades, gros bide. Il est tout ce que notre société ne peut considérer comme un “beau gosse”, bien sapé et intégré. En plus il est l’archétype même du Geek libriste. Je ne vous parle même pas de sa page web, l’anté-web 2.0. En clair il n’est pas un commercial et il se fout de son image.

Haze on Richard
Haze on Richard, Stallman à la Flashmob Anti-DRM du 9 juin 2006 à Paris (photo sous licence LAL, par Jeremie Zimmerman)

Forcément peut-on alors s’étonner que beaucoup de gens ne l’aiment pas, pour ne pas dire qu’ils l’exècrent? Attention, je ne parle pas des pro-proprios, des développeurs de Microsoft, ou du grand public. Non je parle même de libristes convaincus qui disent constamment du mal de lui. On en vient à se poser des questions ainsi quand un ubuntueros (je crois que c’est le terme qu’ils emploient chez Ubuntu) belge très impliqué (et parfois intéressant) en vient à dire:

But this talk was interesting because I’ve learned that there’s still one major obstacle to massive free software adoption : Richard Stallman himself. He did great stuff years ago but now the time has come to change. He does more harm than good. You send someone like him to the European Parliament and you are astonished that the parliament wants Software Patents ? Please stop refer to him as a Free Software Leader. We need a new generation of (cheer?)leaders…

Ploum, le 1er Mars 2006[1]

Je lisais régulièrement d’autres diatribes anti-Stallman sur des blogs ou articles divers et variés. Mais jamais je ne réagissais. Je n’aime pas beaucoup les confrontations qui ne mènent nulle part.
C’est alors que je tombe sur ce billet zdnet The most hated man in cyberspace[2]. Pour une fois, ce billet bien écrit et d’un avis similaire au mien me donne envie de relayer mon opinion sur cet homme.

Il est évident que Richard Stallman ne doit pas être un homme évident. Il est une sorte d’intégriste du logiciel Libre (et pour cause, il en est l’origine, l’esprit même!). D’ailleurs je comprends tout à fait que certains peuvent réagir mal en lisant dans une interview:

Je vais me faire l’avocat du diable…

[ferme] Je préfère que vous ne le fassiez pas car je ne veux pas avoir un débat avec les adversaires. Et si je le fais, je suis très mauvais dans les débats et je me fâche. Si vous voulez voir comment je me fâche, c’est une manière de le faire. Si ce n’est pas le but, posez la question de manière plus neutre.

On se dit “oulaaah, il est pas très ouvert au débat lui”.
Pourtant je le comprends bien. Comme je l’ai dit, pendant longtemps j’ai moi-même évité de rentrer dans les discussions enflammées pro/anti Stallman (comme dans innombrables d’autres discussions où j’avais un avis). Est-ce de la lâcheté devant les arguments adverses? Je ne pense pas. Est-ce de la mauvaise foi de ma part? Je ne vois pas comment l’opinion qu’on a d’une personne peut être biaisée. Est-ce qu’ainsi je laisse gagner l’opinion adverse? Et bien en fait, c’est sur cette question que tout repose. Je ne crois pas qu’alimenter ce genre de débat est réellement en faveur de ce que je veux promouvoir. Je ne crois pas non plus qu’il faille absolument justifier chacune de ses pensées. A la limite ce serait même au contraire plutôt l’apanage de ceux qui doutent et essaient de se rassurer. Je connais mes arguments. Je n’ai pas besoin de les donner à des gens qui ne veulent de toutes façons pas les comprendre, car ils se sont arrêtés eux-même aux leurs. Ca ne fait avancer personne (ni eux, ni moi).
Et puis c’est comme les journalistes qui font de la pub pour des produits qu’ils n’aiment pas en écrivant des articles, des livres, des billets dessus pour critiquer. Je n’ai jamais compris cela et je trouve cette réaction assez ridicule (”t’aimes pas, t’en parles pas” serait davantage ma logique. Là je parle de Stallman par contre, parce qu’il est cool). Comme Obiwan disait, la lutte est vaine, mais il y a d’autres manières de vaincre (yeaaah ça c’est de la référence ;-) ).
Stallman quant à lui a en face de lui des gens qui veulent remporter un maximum d’argent en verrouillant les contenus numériques. Ecouteront-ils vraiment cet illuminé qui leur parle de liberté culturelle? Il sait bien que non. Ce n’est pas dans le débat avec les majors qu’il arrivera à contrer les DRM (il n’y obtiendra qu’une perte de temps en langue de bois de leur part), mais en allant directement aux sources des lois (ce qu’il fait).

Donc oui, Stallman est un gars spécial. Il est évident qu’il est une sorte d’intégriste. Mais des gens comme lui ont changé l’informatique d’aujourd’hui. Certains affirment qu’on n’aurait pas eu besoin de lui, que le logiciel Libre existait bien avant lui. Mais non. Le concept de logiciel Libre (associé à ces termes précis) vient de lui, de même que les 4 libertés fondamentales. Il ne faut pas tout confondre. Le fait que ces détracteurs évoquent est plutôt qu’à une époque antérieure, il n’y avait pas d’idée de logiciel propriétaire, mais donc pas non plus Libre de fait (la fameuse philosophie de bistrot du “sans le mal, pas de bien“). Les logiciels étaient surtout de la valeur ajoutée que les développeurs de la planète s’échangeaient librement. Mais quand des entreprises sont nées pour en faire un commerce et en “propriétarisant” tout cela, la liberté d’antan aurait été perdue si Stallman n’avait pas fait naître l’idée même de logiciel Libre. C’est ainsi que Stallman est bien le père du logiciel Libre, de même que — pour reprendre l’image si bien trouvée de Dana Blankenhorn (cf le lien déjà donné) — Stallman n’est pas le père de l’Open Source, il en est même le grand père (pour un petit historique de l’Open Source, et des différences avec le logiciel Libre)!

C’est pourquoi j’admire également Stallman. Il a fait beaucoup pour l’informatique. Et par conséquent il fait encore énormément aujourd’hui. L’informatique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans le mouvement qu’il a créé, lequel continue encore quotidiennement à tenter d’améliorer ce présent propriétarisé par des entreprises geôlières.

Est-ce que donc, parce que les temps “changent” (aux dires de certains — dont Ploum — mais je ne vois pas trop ce qui leur fait dire cela), il faudrait reléguer ces monstres de Liberté aux livres d’histoire? Nous sommes certes en des temps (mais ne l’avons-nous pas toujours été?) où l’image compte, où une sorte de beatnik dans un parlement fait effectivement désordre. Et donc, est-ce pour cela que nous devons accepter cet état de fait? Il n’en reste pas moins que Stallman est un gars génial, très intelligent, un scientifique reconnu (lisez un peu sa bio du wikipedia). Doit-on accepter donc qu’on s’arrête à l’image qu’il donne pour trouver de nouveaux leaders plus propres sur eux? Je ne pense pas qu’il doive y avoir un cycle des représentants du Libre, comme des chefs de tribus où les vieux faibles laisseraient la place aux jeunes forts. Pour moi le Libre, c’est le fait que toutes les figures charismatiques peuvent travailler ensemble, pas qu’elles se remplacent.
Et Stallman fait partie de ces figures charismatiques (on retrouve un peu de mon opinion sur les “gentils dictateurs à vie“).
En outre quand on lit certains (Daniel Glazman en l’occurence, et d’autres en commentaires) considérer naturel qu’un personnage de l’importance de Richard Stallman soit refusé à Matignon pour une discussion sur le sujet des DRM (alors que les Majors ont eu leur droit à la parole), je ne peux qu’être déçu. Stallman ne mérite-il pas plus de considération quand il demande poliment une entrevue sur un sujet politico-technique d’actualité avec un officiel?

Je pense que ce genre de personnes un peu excentriques, hors normes, est nécessaire pour nous rappeler de temps en temps tout ce qu’on accepte sans rechigner pour se construire une image. Je pense que je l’aime beaucoup parce qu’il déteste les compromis comme moi. Ce n’est peut-être pas un gars très pragmatique, plutôt un idéaliste. Cet homme fait passer ses valeurs avant tout, et pour cela on le considère un peu comme un fou. Mais quel rafraichissement en comparaison de tous ces commerciaux au regard en biais, de tous ces politiciens aux programmes fantômes… et finalement de tous ces gens qu’on croisent dans la rue et qui se mentent à eux-même.
Une petite douche fraiche de temps en temps avec un fou comme Stallman, ça ne fait pas de mal. Et puis bon, intégriste peut-être… mais l’avez-vous jamais vu méchant? Je l’ai un peu observé à la flashmob anti-DRM (cf la photo), et les commentaires des gens, c’est qu’il ressemble à un gros nounours souriant. Et c’est vrai. Stallman, le gros gentil nounours intégriste, génial et efficace qu’il nous faut.

Ours en peluche
Photo sous CC by-sa prise par TacoDeposit .

[0] Pour les paresseux: père et fondateur de la Free Software Foundation, et donc du logiciel Libre.

[1] Traduction par mes soins: “Mais cette conférence fut intéressante du fait que j’ai appris qu’il y avait encore un obstacle majeur à l’adoption du Logiciel Libre: Richard Stallman lui-même. Il a beaucoup fait des années auparavant mais les temps ont changé. Il fait plus de mal que de bien. Envoyez quelqu’un comme lui au parlement européen, et vous vous étonnez que le parlement réclame des brevets logiciels? S’il vous plaît, arrêtez de vous reférer à lui comme la tête du Logiciel Libre. Nous avons besoin d’une nouvelle génération de représentants.”

[2] En résumé pour les anglophobes, il s’agira d’une opinion similaire à la mienne. Stallman est sûrement l’un des hommes les plus détestés du “cyberespace”, mais pour tout ce qu’il a apporté pour la liberté et pour l’informatique, l’auteur (Dana Blankenhorn) l’admirera à jamais.

P.S.: encore une fois, le lien zdnet qui a déclenché cet article m’a été relayé via le Standblog.

Posted by Jehan under Le Libre, Le quotidien d'une Marmotte | Comments Off

14th juin 2006

Interview de Tristan Nitot, par Grégoire

Cette semaine, je ne serai pas le véritable auteur de mon billet. Je relaie en fait ici une interview de Tristan Nitot réalisée par un bon ami, Grégoire Coustenoble. Il l’a fait principalement dans le cadre de sa formation en licence de communication à Paris 8. Et parce que ça reste aussi intéressant en dehors du contexte estudiantin, il eut été dommage de perdre ce texte au milieu des archives d’université.

Pour ceux qui débarquent, sachez que Tristan Nitot est le président et fondateur de Mozilla-Europe, association française promulgant l’utilisation de standards ouverts pour le web, et étendant à l’Europe le déploiement des produits et de la philosophie de la fondation Mozilla.
Pour le reste, autant passer directement à l’interview.

Tristan qui?

Tristan Nitot au repas Firefox 1.5
Tristan Nitot: bisounours au regard de tueur…
Photo de Michel Valdrighi du repas à l’occasion de la sortie de Firefox 1.5.
Greg et moi y étions aussi… d’ailleurs je crois qu’on m’aperçoit là… flou dans le coin. :p

  • Pourriez-vous me donner l’intitulé de votre métier ainsi qu’en quoi il consiste ?

    Je suis président et fondateur de Mozilla Europe. Je suis porte-parole du projet Mozilla en Europe.

  • Egalement quel est le parcours (formation et professionnel) qui vous a conduit à votre poste ?

    J’ai une formation d’ingénieur en informatique (ESI), complétée par un Mastère Spécialisé en Management Social des Organisations (ESCP). Plus de détails sur http://www.nitot.com/cv/ (plus à jours depuis 2 ans).

Quelques questions s’il vous plaît!

  1. Vous êtes à la tête de Mozilla Europe (affilié à la Mozilla Foundation), donc une association à but non lucratif dont la mission est “Rétablir le choix et l’innovation sur Internet”. Comment parvenir à ce but et quel est le rôle de Mozilla Europe et surtout votre propre rôle dans cette mission ?

    La méthode utilisée est relativement simple : il faut d’abord faire un produit concurrentiel sur le marché des navigateurs, Firefox. Il faut s’assurer qu’il est adapté (on dit “localisé” dans notre jargon) pour les différentes communautés d’utilisateurs qui parlent des langues différentes. Ainsi, Firefox est traduit dans 35 langues, et le site Mozilla-Europe.org est disponible en 21 langues. Ensuite, il faut que le logiciel soit utilisé, sinon son impact est négligeable. Pour cela il faut le promouvoir.

    A titre personnel, je ne m’occupe pas du produit en tant que tel. Mais je travaille à animer la communauté des développeurs en Europe et à promouvoir Firefox.

  2. Mozilla Europe a la double particularité d’être une association (à but non lucratif) et de travailler dans le domaine du logiciel libre. Comment fait-on pour vivre de son métier dans ce contexte particulier ?

    Pendant longtemps, il a été prévu pour Mozilla Europe de reposer exclusivement sur le travail des bénévoles. Aujourd’hui, il est possible de rémunérer cinq permanents en Europe, grâce à des subventions de Mozilla Foundation (organisation à but non lucratif américaine). Cette dernière a des partenariats avec des grands acteurs du Web, qui profitent de l’audience générée par l’utilisation de Firefox.

  3. Le monde du logiciel libre est basé sur la collaboration et la relation aux utilisateurs est privilégiée. Comment communique-t-on et fait-on la promotion de ses produits dans ce cadre et dans le cadre du web ?

    Chez nous, le bouche à oreille et la créativité sont essentiels. Nous avons une communauté d’utilisateurs qui font la promotion de Firefox via le site SpreadFirefox.com. Ce sont eux qui ont financé des pleines page de publicité dans le New York Times et le Frankfurte Allgemeine Zeitung, en vue de démontrer leur enthousiasme pour Firefox. Nous avons récemment organisé un concours de spots publicitaires de 30 secondes pour Firefox. Nous avons eu plus de 280 candidatures, dont certaines sont époustouflantes. Toutes sont hébergées par le site FirefoxFlicks.com , et je vous recommande tout particulièrement celle-ci : http://firefoxflicks.com/flick/?sort=pop&id=20674. Nous avons prévu d’autres actions originales dans les semaines à venir.

  4. En faisant une petite recherche sur le standblog avec les mots clés “langue de bois”, on peut voir que c’est un terme que vous utilisez souvent à propos de la communication de différentes entreprises “propriétaires”. Récemment on vous a accusé de céder au politiquement correct. Est-ce un trait inévitable de la communication, même dans le domaine du Libre où la “philosophie” et l’éthique ont leur importance ?

    Quand je m’exprime sur Standblog.org, mon site personnel, les gens ont du mal à faire la différence entre l’individu et la fonction de président de Mozilla Europe, même si c’est précisé sur chaque page du site. En représentant un projet qui gagne en visibilité, l’audience de mon site augmente, et touche plus de lecteurs occasionnels qui ignorent le contexte de mon site, son historique, les raisons pour lesquelles je me suis engagé bénévolement dans cette aventure. Du coup, c’est beaucoup plus difficile de faire passer mes propres idées sans qu’elles soient comprises de travers, et c’est extrêmement frustrant.

  5. Les statistiques d’utilisation de Firefox sont très positives et vous avez réussi à bousculer un secteur qui — paradoxalement dans le secteur des nouvelles technologies — était stagnant et, plus grave dans le domaine du web — voulu ouvert par son concepteur Tim Berners-Lee — tendait à se fermer vers une “plateforme” unique. Quelles sont, pour vous aujourd’hui, les perspectives d’avenir du web ?

    Le Web, et Internet en général sont des chances pour l’humanité que ce soit en terme d’accès à la Culture, pour la création de Communautés d’interêt, ou encore pour le Commerce. A mon sens, c’est comparable en terme d’impact à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. Tout cela a été rendu possible par l’existence de standards auxquels il suffisait d’adhérer pour se connecter au Web. Je pense au protocole HTTP, au langage HTML et au réseau TCP/IP, en particulier. Cela a été source d’une innovation jamais vue auparavant. Mais maintenant qu’Internet est devenu un outil utilisé par plus d’un milliard de personnes, il est extrêmement tentant, pour des grandes entreprises, de tenter d’en privatiser une partie, au dépends de l’intérêt commun. C’est arrivé par exemple avec la messagerie instantanée, où un client d’AOL Instant Messenger ne peut peut pas discuter avec un client de MSN Messenger ou un client de Google Talk. Est-ce que la téléphonie mobile serait aussi pratique (et donc répandue) si on ne pouvait pas appeler un poste SFR depuis un mobile Orange ? Non, bien sûr. Et pourtant c’est ce qui se passe dans le domaine de la messagerie instantanée. Il en est de même avec la téléphonie dite “sur IP”, dont Skype est le représentant le plus connu. Pour téléphoner gratuitement d’un ordinateur à un autre ordinateur, il faut que les deux soient équipés de Skype, sinon ça ne fonctionne pas du tout. Voilà deux exemples de privatisation d’Internet qui ont réussi aux entreprises, aux dépends des utilisateurs et de l’avenir d’Internet. Il est essentiel que les entreprises privées puissent gagner de l’argent en proposant leurs services sur Internet, mais je pense qu’il faut être très vigilant pour que cela ne limite pas le potentiel d’Internet.

Quelques liens pour terminer en beauté

Posted by Jehan under Le Libre | Comments Off

02nd juin 2006

Machines contaminées

Allez, aujourd’hui un billet court… pour une fois ;-).
Je vais en fait relayer un billet (long lui par contre, comme ceux que je fais normalement) sur les dangers des DRM, qui sont des systèmes de protection des contenus numériques (lesquels peuvent être aussi bien des programmes informatiques que des CD audios, des DVD audios, ou tout ce qui peut se trouver sur support numérique). Ils existent déjà depuis longtemps, la loi DADVSI votée récemment va les rendre de plus en plus présents dans notre société française (et dans le monde également, mais il s’agit ici d’une actualité nationale).

Si ça vous interpelle, que vous voulez en savoir plus, de même que comprendre quels sont les dangers qui menacent de plus en plus nos libertés par une mauvaise utilisation des technologies (car il y en a aussi de très bonnes, tout dépend du but), lisez donc ce bon billet d’un certain Da Scritch:
Désinfectez nos machines.

Billet vu sur le Standblog où vous pourrez aussi trouver pas mal d’infos sur les DRM.
Ceux qui n’aiment pas les gens qui crient au loup et voient des complots partout (et je vous comprends), voici quelques cas concrets: Le noël de petit Robin, Le journaliste High Tech… n’a pas le droit de mettre à jour son matériel, le cas du rootkit Sony, et cætera (malheureusement).

Posted by Jehan under Technologies | Comments Off