08th oct 2008
Jabber… XMPP… Messagerie Instantanée… Communication instantanée!
L’appellation qu’on donne aux choses est importante. C’est pourquoi un protocole de communication comme XMPP a connu des appellations diverses pour se trouver une place, sa place, un rôle, son rôle.
Il y a à ce propos un phénomène fort intéressant autour du protocole XMPP, phénomène lexical puisqu’il tourne autour de la façon d’appeler ce dernier. Ce protocole de discussion instantanée s’est fait connaître sous l’appellation Jabber avant de devenir un standard Internet (normalisé par l’IETF) sous un nouveau nom acronymique: XMPP.
Petite étude sémantique d’un tournant de l’Internet…
Le projet Open Source
Cette transition relève déjà là un phénomène intéressant. Jabber vient du verbe anglais “to jabber”, qui signifie en gros “jacasser” ou “baragouiner” d’après mon dictionnaire, “papoter“, “discuter“, “blablater” en des termes plus personnels. Ce n’est pas vraiment un nom sérieux et conventionnel. Probablement pour le créateur (Jeremie Miller) en 1999 était-ce un nom marrant, du moins évocateur du but originelle du protocole, destiné à la discussion en temps réel par l’internet.
Nous avons donc là un nom classique pour un projet de logiciel Libre ou Open Source, car alors Jabber n’était rien d’autre, un simple protocole de discussion parmi d’autres. Il avait un avantage majeur sur les protocoles fermés (commerciaux ou non) de discussion instantanée (ICQ, MSN, AIM, etc.), il était ouvert, donc librement implémentable et utilisable par quiconque, avec un développement participatif. Mais il restait dans son coin et à ce stade n’était qu’un énième sous-réseau du réseau.
Standardisation, ou «on arrête de rigoler»
Puis est arrivée l’idée de la normalisation. Là il fallait un nom sérieux, parce que vous comprenez “Papoter“, ça fait pas très bien dans les grosses entreprises, en particulier dans les temps actuels où on aime bien les noms à rallonge pour impressionner ses amis (surtout du sexe opposé) en soirée. Donc un “vrai” nom était de rigueur. Notons que de nos jours cela implique d’ailleurs souvent un acronyme. En effet, un acronyme a l’avantage d’être incompréhensible par le commun des mortels, cela permet donc de mieux se la pêter «je fais un truc super compliqué».
XMPP: (EXtensible Messaging and Presence Protocol), ce qu’on pourrait traduire par Protocole eXtensible de Messagerie et de Présence. C’est donc ainsi que veut se faire connaître le protocole “officiellement”, dans les sphères sérieuses des grandes entreprises notamment (ainsi qu’avec des RFCs numérotées par l’IETF pour les techniciens).
Je ne sais pas réellement d’où est venue l’idée de la standardisation du protocole, mais elle fut bonne car cela donne du crédit professionnel pour propulser un protocole informatique dans les hautes sphères. Une “norme”, un “standard”, rien de mieux pour épater les patrons, encore plus quand ils n’y comprennent rien. La qualité est une chose, le marketing en est une autre, il faut être clair sur ces points là. C’est ainsi que dès 2004 (notez que les premières propositions à l’IETF furent faites dès 2000, il fallut 4 ans de travail pour aboutir à cette consécration), XMPP fut reconnu comme un protocole sérieux et professionel sur lequel il fallait compter. C’était le début de la véritable concurrence avec les gros pontes qui dirigeaient désormais le monde de la messagerie instantanée: MSN, AIM et Yahoo! en tête.
L’indécision
Pendant un temps ces noms ont cohabité. On ne savait pas comment parler du protocole à quelqu’un, le nommage officiel était flou, or quand c’est flou, ça donne mal à la tête.
D’un côté certains trouvaient XMPP trop austère. Ça n’est pas vraiment explicite pour le commun des mortels (qui ne comprend aucun des mots que forme l’acronyme!). D’un autre côté certains trouvaient Jabber plus sympa, plus évocateur et donc plus attrayant pour la communication vers le grand public. Cela a d’ailleurs engendré une situation où beaucoup de gens (moi compris) se sont mis à voir les deux termes comme complémentaires. Pour ma part par exemple, j’employais le terme Jabber pour nommer la communauté, le réseau. Et j’utilisais XMPP quand je parlais du fonctionnement, du protocole, des parties techniques. Pour faire une analogie (si vous n’êtes pas technique et que vous ne comprenez pas la comparaison, passez cette phrase), XMPP serait comparable à http/html (cependant quand le web a deux protocoles bien distincts: un pour la communication, un pour la sémantique, XMPP n’en a qu’un seul, extensible; pour être même précis, le web moderne a un troisième protocole: CSS pour l’affichage); et le terme “Jabber” serait comparable au terme “web” qui désigne cet enchevêtrement (web signifie “toile”) de serveurs, d’ordinateurs, de réseaux et sous-réseaux, tous connectés les uns aux autres pour donner l’impression d’un même tout.
Puis sont arrivés les acteurs professionnels (puisqu’on a dit que XMPP devenait enfin sérieux!). Google en tête du marché est arrivé avec son fameux Gmail/Gtalk. Ce n’est rien d’autre qu’un pool de serveurs XMPP, connecté au reste du réseau. Ainsi si vous avez un compte Google, vous pouvez me contacter sur Jabber alors que je n’ai même pas de compte Google moi-même! Mais là où le bât blesse, c’est que Google a nommé cela Gtalk, comme s’il s’agissait d’un énième réseau fermé, et surtout “renfermé” sur lui-même… même s’il n’en était rien. Google a choisi de jouer la concurrence plutôt que de jouer l’ouverture (officiellement seulement, officieusement ils ont travaillé avec la XSF).
Il y en eût d’autres, certains ayant des serveurs ouverts comme Google, d’autres utilisant le protocole XMPP certes, mais de manière renfermée, leur petit réseau dans leur coin, comme Skyrock en France (avec son Skyrock Messager). Plus récemment le gros acteur Facebook annonce aussi qu’il va développer un réseau XMPP pour Facebook. Rien ne nous dit encore exactement ce qu’il en sera, en particulier pour l’ouverture au reste du réseau Jabber. Néanmoins l’annonce première laisse penser à un réseau fermé. Espérons que je me trompe.
La conclusion de tout cela est que nous vivons une période où XMPP est un véritable protocole ouvert, mais où chacun continue à agir dans son coin, à utiliser le protocole pour se faire son petit réseau privé, et même quand le réseau est ouvert, à nommer ce réseau Gtalk, Skyrock Messager, Orange Livecom (réseau Orange sous XMPP qui a cessé d’exister, désormais lié au réseau MSN), etc. Facebook vont-il appeler le leur Facebook Chat comme m’en donne l’impression leur annonce sur le blog des développeurs? Je ne sais pas, mais ça ou autre chose ne serait pas étonnant. Maintenant essayez de trouver le terme ‘XMPP’ ou ‘Jabber’ sur les sites de ces divers acteurs du protocole. Ça se trouve parfois, mais il faut le vouloir… D’ailleurs qui sait dans les utilisateurs de ces divers réseaux qu’il s’agit de XMPP? Quel utilisateur de Gmail sait qu’il peut me contacter sur mon adresse Jabber en messagerie instantanée?[1]
D’ailleurs même le fin du fin est que nombre de logiciels multi-protocoles proposent de créer un compte Jabber ET un compte Gtalk… comme s’il s’agissait de deux réseaux différents! Évidemment les développeurs vous expliqueront que le but est de ne pas perturber les gens, mais en réalité c’est ce genre de choix qui entretient doute et confusion. Tout cela devient fort compliqué, non?
Ainsi la popularité est déjà là, nous sommes même proche des leaders en nombre d’utilisateurs dans le monde comme le montre une étude du blog IMTrends, mais qui le sait? Les gens continuent à agir comme s’il s’agissait d’un réseau fermé, privé, privatif même… une sorte de énième réseau social.
On se rend compte en effet que les gens utilisent la messagerie instantanée comme un réseau social, phénomène qui fait fureur sur le net ces dernières années. C’est pourquoi tous ces noms sont des besoins marketing, car beaucoup ne discutent pas sur le net de la même manière qu’on appelle au téléphone quelqu’un qu’on connaît; plutôt on se fait de nouvelles connaissances sur tel réseau, on se connecte sur MSN comme on se connecte sur Myspace. Or cela devrait être vrai pour les autres, puisqu’ils entretiennent ce côté “social”: sur MSN, Skype, AIM, etc., ça parle de “partager ses informations personnels” (s’exhiber, donc?), trouver des amis (coucher avec des inconnus? Ah non… “et plus si affinité” je voulais dire), etc. Mais cela ne devrait pas être vrai pour XMPP.
XMPP n’est pas un service ni un but, c’est un protocole, donc un moyen
Pourtant la base est là: XMPP intéresse le grand public, intéresse de plus en plus d’entreprises qui créent leur propre serveur. XMPP existe. Là où la XSF aura réellement fini son travail, ce ne sera pas lorsque XMPP sera un quelconque “leader” du marché. Non ce sera justement quand les gens auront oublié qu’il y a un vrai marché et oublieront XMPP. Le grand public parlera alors simplement de “messagerie instantanée“.
Je noterai 3 faits majeurs ces dernières années:
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La JSF (Jabber Software Foundation) devint en 2007 la XSF (XMPP Standards Foundation). Notez ici deux changements sémantiques majeurs:
Jabberdevient XMPP comme on s’y attend; mais surtoutSoftwaredevient Standards. Le but de la fondation n’est plus là de développer du logiciel, mais réellement de promouvoir un standard. Or un logiciel est éphémère alors qu’un standard est un socle solide sur lequel bâtir un monde.
Il s’agit ainsi à la fois d’un premier pas vers la disparition du nom Jabber, bien que le doute continue à être entretenu, comme la fondation garde l’usage des deux noms et de sites aux deux noms, mais aussi de d’objectifs plus clairement définis. Nous ne sommes plus dans le cadre du hobby, mais du durable. -
Dernièrement il s’est également produit un autre fait intéressant, en particulier parce qu’il est finalement anecdotique (ce qui rend ce fait très fort… je sais, ça paraît contradictoire), mais qui va peut-être accélérer/changer les tendances de nommage. Fortement liée à la fondation XSF, se trouvait l’entreprise Jabber Inc. (notamment employeur de Peter Saint André). Or cette dernière vient de se faire racheter par Cisco. Cela ne change rien à la marque «Jabber» puisqu’elle appartient à la fondation. Au final, la seule conséquence serait de nous éloigner (peut-être) davantage du terme
Jabberau profit de XMPP, comme le souligne Peter Saint André, président et membre du conseil de la XSF, sur la mailing list de développement:The term “Jabber” has always meant many things (an open-source server, a company, a protocol, etc.) and we’ve worked to disambiguate those meanings over time (jabberd, Jabber Inc., XMPP). If Jabber Inc. goes away, then one of the sources of confusion disappears. In the end, perhaps “Jabber” will mean nothing at all.
Traduction:
Le terme “Jabber” a toujours désigné plusieurs choses (un serveur open-source, une société, un protocole, etc.) et nous travaillons sans cesse pour lever l’ambiguité du terme (jabberd, Jabber Inc., XMPP). Si jamais Jabber Inc. devait disparaître, alors une des sources de confusion disparaîtra avec. A la fin, peut-être que “Jabber” ne voudra plus rien dire du tout.
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Mais qu’en est-il de la propagande grand public si nous n’utilisons plus “Jabber”, ni XMPP (car trop technique, même si le terme reste de toutes façons)? C’est là qu’une partie de la communauté a fait le choix majeur de parler simplement de “messagerie instantanée”. L’exemple le plus flagrant est Coccinella qui se décrit lui-même comme un “outil de communication” (”communication tool“) sans information de protocole. Je pense que l’idée n’est pas encore parfaite puisque ceux qui ne savent pas risquent de croire qu’il faille Coccinella pour parler à quelqu’un d’autre qui utilise ce même logiciel. Il y a donc un enfermement par omission encore.
Néanmoins l’idée de base y est et le but est clair: XMPP est LE protocole de messagerie instantanée. Le seul standardisé, donc il est implicite et inutile de le préciser. Le reste? MSN? Yahoo!? Ce ne sont que des réseaux communautaires, rien à voir avec de la messagerie instantanée. Nous ne devons plus être comparés à ces réseaux, XMPP n’est pas un réseau. XMPP n’est pas un service. XMPP ne sert pas à se faire des amis. XMPP sert à discuter en temps réel, ainsi que tout plein d’autres choses. Mais ce “tout plein d’autres choses” ne dépend que de vous, de ce que vous attendez d’un moyen de communication, pas d’un service qu’on veut bien vous proposer.
C’est ainsi que pour moi, les comparaisons de XMPP avec ces réseaux sociaux sont inutiles, une perte de temps car nous nous trompons de terrain de bataille (ou de terrain de jeu, ça dépend). C’est un autre monde. Et je dirai même plus: quand Nÿco, de manière très intéressante, nous parle de compatibilité avec les divers réseaux de messageries, je pense qu’il ne fait pas resortir pas en quoi XMPP est le protocole fédérateur. Il nous parle de transports (extension du protocole permettant de se connecter à des réseaux propriétaires au travers de XMPP), or il n’y a pas de fédération réelle dans les transports: ils impliquent d’avoir des comptes sur chaque réseau; les autres utilisateurs nous voient sur de multiples adresses, cela ajoute à la confusion.
La fédération est simplement dû au fait que nous sommes le seul standard de messagerie instantanée, et que nous proposons un développement ouvert de ce standard, que nous proposons de travailler en collaboration avec tout particulier ou entreprise souhaitant utiliser et améliorer XMPP (et non “rejoindre le réseau”! Ce n’est pas du social, je le rappelle).
Utiliser et oublier qu’on utilise: comparaisons concrêtes
Même si je pourrais rester en analogie avec le web, je vais maintenant faire une analogie avec les emails. En effet il existe un unique protocole email que tous utilisent (en fait, comme pour le web, il y en a plusieurs, mais uniquement pour les diverses parties: envoi, réception, sémantique. Au final cela en revient au même, alors je simplifie). Si quelqu’un fait un système d’envoi de message différent, ce n’est pas un “email” (”message électronique”) selon le terme consacré. C’est juste un message utilisant un autre système privé de communication. Par contre tout le monde peut créer son service email, et tous ces services sont intéropérables. Vous avez un email fourni par votre fournisseur d’accès? Vous avez un email fourni par un service gratuit (Hotmail, Gmail, etc. beaucoup de sociétés fournissent un tel service et ils n’ont par leurs petits protocole privé pour cela!). Vous avez un email fourni par votre entreprise? Votre université? Ou même votre propre serveur email personnel? Dans tous les cas, vous pouvez dialoguer entre vous tous, quelque soit le fournisseur du service email. Il en va de même pour les logiciels: ils ont des noms (Thunderbird, Kmail, Evolution, Claws Mail, Outlook, Lotus Notes…), mais sont avant tout des “clients de messagerie”. Les services email comme les logiciels ne tentent pas de vous faire croire que vous faites partie d’un réseau particulier du fait de les utiliser.
Prenons encore un autre exemple, mais en sortant de l’informatique, plutôt électronique cette fois: les téléphones. Il existe de nombreuses compagnies dans le monde. L’infrastructure est plus coûteuse, donc le service est en général plus cher que l’email. Néanmoins quel que soit votre fournisseur de service, vous pouvez contacter tous vos amis qui sont peut-être ailleurs! Pas seulement une autre société, mais aussi un autre pays… Pourquoi? Le protocole est commun, intéropérable.
C’est donc cela la véritable intéropérabilité. Comme je le disais à l’instant, faire des passerelles vers les réseaux fermés n’est pas de l’intéropérabilité, même pas vraiment de la compatibilité puisqu’on requiert toujours de posséder un compte chez autrui. Un peu comme si, en étant abonné Orange, pour appeler votre copine chez SFR, vous deviez quand même posséder un abonnement SFR, donc deux abonnements. Ridicule non? C’est pourtant le principe d’une passerelle XMPP (dans l’autre sens, c’est encore pire, ce n’est pas possible du tout en tant qu’utilisateur MSN de contacter quelqu’un d’un autre réseau!) et donc absolument pas la solution… une option pratique tout au mieux.
La véritable intéropérabilité intervient lorsque avec votre compte Orange, vous pouvez appeler directement votre copine chez SFR… sans même vous poser la question de savoir si elle est chez SFR, Orange, bouygues, ou autres. Ca devrait être pareil pour la messagerie instantanée. On devrait simplement arriver et dire «c’est quoi ton adresse d’IM?» (et non «C’est quoi ton MSN?» — «Ah merde tu utilises Skype? Zut j’ai pas. Et t’as un compte ICQ sinon?») et la personne en donne une, on la met dans notre logiciel et on peut lui parler. On n’a pas eu à lui demander quel est son fournisseur. En fait, on s’en fout totalement. On le fait déjà pour les emails et le téléphone, pourquoi cela devrait être différent pour la messagerie instantanée?
A partir de ce moment là, MSN, Yahoo!, Gadu Gadu, ou tout autre réseau pourrait sans problème participer. Ils passeraient alors du statut de “réseau social fermé” à “service de messagerie instantanée”. On ne leur demande pas une “faveur”, non on leur demande de devenir simplement un vrai acteur de la messagerie instantanée et de ne plus être un simulacre. Ils seront des fournisseurs comme tous les autres. Et pour cela, ils devront passer à XMPP. Cela pourrait être totalement transparent pour les utilisateurs. MSN par exemple fait régulièrement des mises à jour qui casse son propre réseau et “oblige” ses utilisateurs à mettre à jour le logiciel pour pouvoir continuer à l’utiliser. Ca n’en serait qu’une de plus… mais aussi enfin la dernière!
L’union fait la force
Notez une chose: il PEUT y avoir plusieurs protocoles normalisés. Cela peut se faire et arriver lorsqu’on se rend compte de nouveaux besoins que l’ancien protocole n’est pas capable de remplir. Cela est déjà arrivé. Par exemple les téléphones utilisent en réalité plusieurs protocoles: le fixe (dit aussi “RTC“), les portables qui en sont à la troisième génération du protocole (la fameuse 3G; en fait y a eu plus de protocoles que cela, mais j’y connais pas grand chose), etc. Cela ne pose aucun problème du moment — et seulement à partir de ce moment là — que tous les protocoles d’accès au réseau sont standardisés et intéropérables! Cela signifie donc que quelque soit votre protocole d’accès, vous puissiez contacter quelqu’un utilisant un autre protocole du moment que de votre point de vue utilisateur, cela ne change rien. En effet, avec un téléphone portable, j’appelle un fixe sans problème, et pour cela je n’ai pas de procédure particulière. J’entends par là qu’en numérotant sur mon clavier, je n’ai pas à préciser: “ceci est un numéro de téléphone fixe”. Non, pour moi c’est transparent. Fixe, portable (GSM ou 3G), Chine, Inde, Rwanda, tous ces protocoles, tous ces lieux, j’ai juste à taper un numéro.
Notez que c’est pareil pour les emails par exemple: il y a plusieurs protocoles de lecture des emails: pop3, IMAP, etc. En effet on s’est rendu compte de nouveaux usages, de nouveaux besoins. Mais quoi que vous utilisiez, vous n’avez pas à connaître ce qu’utilise votre interlocuteur pour lui envoyer un email.
La conséquence de cela est qu’un protocole intéropérable doit impérativement être normalisé. Cela implique que le protocole doit être connu, mais aussi que quiconque (même vous, sur votre petite machine!) doit avoir le droit de monter son propre service avec ce protocole, sans aucune contrepartie (ni financière, ni publicitaire, ni autre), mais aussi que tous les protocoles de messagerie doivent être étendus pour l’intéropérabilité et ces extensions doivent être normalisées, de sorte que cela reste transparent à tout utilisateur. Quiconque doit pouvoir écrire à un autre sans se poser la question de savoir s’il passe par XMPP ou autre. Pour l’utilisateur, il utilise simplement sa “messagerie instantanée”.
Ainsi si Yahoo! décide qu’ils ne veulent pas passer à XMPP, rien ne les empêche d’expliquer et documenter le fonctionnement de leur protocole, d’arrêter de cacher tout (comme s’ils avaient un protocole particulièrement révolutionnaire, ce qu’il n’est pas), puis de travailler main dans la main avec la XSF et les organismes de normalisations (IETF notamment) pour étendre les deux protocoles pour l’intéropérabilité. Et une fois tout cela fait, alors tout sera beau.
Néanmoins cela ne doit pas être une chose “facile” à faire. Et si j’ai pris l’exemple de Yahoo!, c’est en fait un très mauvais exemple. Pourquoi? Simplement car ils ne font rien de particulièrement différent. La multiplication des protocoles ne doit être qu’une conséquence d’une impasse dans l’utilisabilité du précédent protocole. Ainsi le protocole GSM (téléphone mobile de seconde génération) n’est apparu que dû aux nouveaux usages mobiles. IMAP est apparu du fait que les gens avaient de plus en plus un usage “connecté” du net. C’est à dire qu’ils laissaient leur ordi constamment connecté, quand auparavant on ne faisait que se connecter, télécharger ses emails et se déconnecter.
Un nouveau protocole ne doit être proposé que dans l’unique cas où XMPP ne peut absolument pas remplir un nouvel usage de la messagerie instantané[2].
XMPP a déjà cet avantage en plus de proposer un système d’extension particulier (d’où le “extensible” dans son nom) qui lui permet de s’auto-étendre à de nouveaux usages. Nous avons ainsi des extensions pour des usages mobiles, des usages pull plutôt que push à travers http (pour éviter des firewall?), etc.
Dans le cas de Yahoo!, comme de tous les autres, en réalité, leur seule chose viable à faire est de passer à XMPP, puis de travailler avec la XSF pour contribuer à améliorer le protocole avec nous, main dans la main. Google l’a déjà fait. Facebook aussi. On sait, soit officiellement, soit par rumeur, que Yahoo et AOL étudient XMPP. Que va-t-il en sortir? Vont-ils venir à nous ou juste oublier l’expérience? On ne le sait pas encore, espérons la première réponse. MSN? Comme d’habitude, Microsoft est le dernier de la classe, on n’entend pas parler de lui dans le monde XMPP.
A suivre donc…
Un avenir radieux
Et donc? Il ne faut pas se presser. Les usages se feront progressivement. Je fais confiance à… je ne sais pas à quoi, mais en ce qui fait que les choses avancent. La vie? Non rien à voir. Le destin? Je doute que le destin s’intéresse de savoir si XMPP vaincra sur les réseaux sociaux. Quoiqu’il en soit j’ai confiance.
La XSF aura accompli son œuvre non pas lors d’une quelconque victoire technique, lors d’une victoire commerciale, ou lors d’une victoire militaire (bien sûr, vous ne saviez pas que la XSF lève des armées?), mais lors d’une victoire linguistique: ce sera lorsque le protocole passera dans le grand public d’un nom propre… à un nom commun. Les sociétés veulent se faire un nom, nous devons perdre le nôtre.
Évidemment en réalité les noms XMPP et Jabber ne disparaîtront pas, et ne le doivent surtout pas d’ailleurs. Il est nécessaire de savoir appeler les choses par un nom précis, et cela fait partie de l’identité du protocole, de son histoire. Mais ce qui importe, c’est de dissocier cette appellation technique de l’image simple de “discussion instantanée” pour tout-un-chacun.
Je pense qu’il s’agit là de l’avenir de XMPP… et il brille… non pas comme une ampoule… mais comme une étoile: l’ampoule éclaire alentour mais est petite et ne dure pas; l’étoile ne semble être qu’un ridicule petit point brillant, mais elle est une boule de feu géante qui va durer.
P.S.: en anecdote, le dernier terme du titre “Communication instantanée” n’est qu’un clin d’oeil au fait que XMPP n’est pas seulement à propos de messagerie/discussion, même s’il s’agit bien du but originel. C’est un protocole généraliste de communication qui peut servir à beaucoup d’autres choses que la discussion. Mais ce n’est pas très significatif ici…
[1] Notez que moi-même parfois j’utilise XMPP, parfois Jabber… ben oui, moi aussi j’ai droit d’être confus!
[2] Il existe un tel travail sur un protocole de communication, qui n’est pas focalisé sur la messagerie instantanée et s’est surtout fait connaître pour la téléphonie par IP: SIP. Une mailing list dédiée au travail d’intéropérabilité des deux protocoles existe. Pourtant avec l’arrivée de Jingle, leurs usages se recoupent de plus en plus. Néanmoins SIP est — tout comme XMPP — standardisé par l’IETF, il est donc normal de travailler pour relier les deux. Il faut cependant éviter absolument de plus disperser inutilement les protocoles similaires (là ils ne le sont pas totalement, mais se recoupent beaucoup à ce que j’ai compris, bien que je ne connaisse pas bien SIP pour en parler plus) pour garder un environnement protocolaire sain.
Article fort intéressant ! Merci beaucoup !
J’avoue que pour moi, Google Talk, bien qu’étant XMPP, est étant branché au reste du réseau, ce n’est pas tout à fait “Jabber”. La raison ? Quelques menus différence, notamment au niveau de la transmissions des messages différés.
Tout ça pour dire que pour moi, XMPP est le protocole, alors que Jabber, Gtalk et les autres sont une façon de l’utiliser.
Salut,
c’est pour cela que je mets en avant le fait que XMPP n’est pas un réseau, mais un protocole, un “moyen” de communication tout à fait neutre et qui n’a aucun but en lui-même. Il n’est pas fait pour faire quelque chose plus particulièrement, sinon discuter bien sûr. Mais on peut discuter du beau temps, politique, broutilles, complot international, etc. Ce n’est pas un réseau de rencontre, un réseau qui se dira professionnel, un réseau à but politique, un réseau d’échange de fichier ou d’information, ou quoi que ce soit. Non c’est juste un moyen de comm, comme l’est le téléphone, la poste, ou le fax, tout à fait neutre.
Ensuite qu’il y ait des différences de choix d’implémentation (ex.: messages offlines) par les fournisseurs de service ne me dérange pas plus que cela. C’est même prévu par le protocole et ce sont juste des moyens différents d’aborder la norme (moyens qui eux peuvent venir avec un but), qui ne posent aucun problème à l’intéropérabilité, et c’est ce qui compte (que vous receviez vos messages offline comme des emails ou en vous reconnectant, vous les recevez).
Un service email par exemple pourra proposer diverses services autour de son email (des services pour voir les emails en webmail, avec une plus ou moins bonne interface, et des options plus ou moins innovantes, pour récup les emails dans un client email lourd, parfois cela peut-être même intrusif, comme l’ajout de pubs dans les emails, etc.), mais ça ne gênera pas “techniquement” le transfert d’emails. Ça reste “transparent” pour le protocole. C’est ce qui importe. Pareil pour XMPP.
Ensuite je suis d’accord que certains fournisseurs de services XMPP vont plus ou moins jouer le jeu du reste du réseau, c’est aussi un peu ce que je dis. Mais en y réfléchissant, c’est aussi un peu normal, chacun sa vision de ce protocole aussi… On ne peut pas forcer les gens à avoir la notre…
Un protocole est neutre et doit assurer ce point. Seuls les gens l’utilisant ne le sont pas.