12th déc 2007

L’homme et la Science

Un petit billet rapide fait sur un coup de sang… je préfère le faire maintenant que c’est chaud, tant que je suis encore d’accord avec moi-même, et pour m’en rappeler. Car je serai triste au moment où je risque de trouver que je me suis tout de même emporté…

Je suis globalement d’accord pour parler d’amour de la science, de la connaissance, pour l’étude de la science fondamentale dont le seul but semble (à court ou moyen terme tout du moins) “apprendre”.

Pour la beauté du savoir.

Je ne vais pas dire le contraire car je suis informaticien (ce qui pour moi n’est pas si concret que cela, quoiqu’en dise le monde qui veut nous faire gober que l’informatique est indispensable… et pire… arrive à la rendre indispensable. Cependant je le suis car je trouve l’informatique beau et une forme d’Art. Sisi). D’ailleurs j’ai longtemps fait de l’astronomie amateur et ce n’est pas un milieu où on obtient du concret utilisable rapidement dans la vie de tous les jours. Une amie actuellement en doctorat d’astrophysique (je l’avais rencontrée justement quand nous étions tous deux amateurs) ne me dira pas le contraire, elle à qui justement un ami ingénieur a demandé récemment “mais à quoi ça sert?”.

Évidemment on peut répondre qu’il ne faut pas voir d’utilité à court terme, que ça permet de comprendre l’univers et donc à terme aussi notre propre planète, sa formation, sa destruction, comment la préserver, mais aussi sûrement plein d’autres choses — peut-être même très matérielles — qu’on ne s’imagine pas aujourd’hui. Mais pour moi même là n’est pas la question. Je trouverais très beau si certains pouvaient répondre: “il n’y a pas de raison, pour l’amour du savoir, pour rêver, pour pleurer…“.

Néanmoins il m’arrive aussi de tomber sur ce genre de lien: Top 10 Scientific Discoveries (vu sur Linuxfr). Pour ceux ne comprenant pas l’anglais, et parce que je ne suis pas sûr si c’est un lien permanent ou voué à disparaître, je résume: il s’agit de la 9ème plus grande découverte scientifique selon le journal Time, intitulée: “l’animal le plus vieux du monde”.

Il s’agit d’un coquillage sur la côte nord de l’Islande, plus exactement une palourde de 405 ans. On pense que c’est le plus vieil animal vivant (du moins le plus vieux trouvé). Mais là où l’horreur se situe est que — pour pouvoir le confirmer — les scientifiques ayant trouvé l’animal l’ont tué! Bien sûr, on pourrait dire que ce n’est qu‘un animal, et en plus un vulgaire coquillage! Et très franchement, des gens auraient couru sur la plage et auraient marché dessus, le conduisant à sa mort, ça ne m’aurait pas choqué plus que cela (et ce même si on m’avait dit après coup que c’était l’animal le plus vieux du monde). Je me serais dit “c’est dommage pour lui, vivre si vieux pour finir bêtement écrasé” (ça m’aurait peut-être même fait rigoler). Mais bon, c’est aussi cela la vie. Par contre que des personnes — sous le prétexte de la science — tuent l’animal sciemment uniquement afin de déterminer son âge, ça me dégoûte. En outre, ils ne l’ont pas tué en se disant qu’on mange tous les jours des coquillages, qu’on les trouve à la pelle ou qu’il est tout à fait commun. Ils l’ont justement tué parce qu‘il est unique, parce qu’il était justement le plus vieil animal vivant… mais ironie du sort, uniquement avant qu’on le sache pour s’en assurer. La science ne mérite pas qu’on tue de cette façon, juste pour “savoir”, pour tester ce que ça fait de tuer; donner la mort pour enquêter sur la vie, l’une des plus grandes cruauté, absurdité et barbarie — oui là c’en est — qui soit. Non on peut vouloir savoir pour savoir, mais non tuer pour savoir.

Et cela me rappelle alors à tous ces gens qui nous disent régulièrement que grâce aux guerres, la technologie fait des bonds. Et alors? Qu’est-ce que ça nous apporte? Personnellement l’idée même que cela puisse être un raisonnement pour beaucoup me dépasse. Si la fin de la barbarie humaine (et je parle bien “humaine”. Le problème n’est pas la mort, j’y rêve tous les soirs, ce n’est pas qu’un animal en mange un autre dans le cycle naturel ou qu’on écrase sans le vouloir un petit animal car on est trop grand, non je parle bien de vraie barbarie, ce que les hommes savent le mieux faire) avait pour seul contrecoup un recul technologique d’un siècle, alors je n’hésiterais pas une micro-seconde. Je suis informaticien, mais je peux me passer sans problème de mon matériel. Je trouverais bien un autre ustensile pour faire de l’art dans un monde moins technologique, ça ne me dérange pas le moins du monde.

Explosion de Ivy Mike, la première bombe H testée, le 31 octobre 1952

Explosion de Ivy Mike, la première bombe H testée, le 31 octobre 1952 (photo du United States Department of Energy dans le domaine publique)

En un sens, je pense être une de ces personnes qui en ont marre que notre société se base sur des critères de rendement, productivité, toujours plus et encore plus, plus vite, plus fort, plus gros… Quand certains sortent que nous devons travailler plus pour gagner plus, non merci, je travaille suffisamment et je gagne suffisamment. Le travail est important dans la vie, mais d’une part il faut faire quelque chose que l’on aime, sinon c’est triste. D’autre part ce n’est pas tout pour autant. Je ne vis pas pour travailler, simplement pour vivre. Dans ma vie, j’ai de nombreuses activités: je fais de l’informatique, je fais de la musique, je fais du volley, je suis un motard passionné, je sors, etc. Mais surtout j’aime la liberté. Je pense que je vous parlerai bientôt d’un livre magnifique sur le sujet d’ailleurs. Donc non, arrêtons cette croissance (économique, industrielle, ou ce que vous voulez), et simplement: “vivons!”.

Enfin je noterais le fait que j’aurais peur que notre pays devienne tel le Japon par exemple (et encore ça peut être encore pire dans le genre “bourreau de travail” sûrement, mais eux sont pourtant déjà loin…). C’est un pays avec beaucoup de choses magnifiques, mais au niveau “social” et “travail”, ce pays est un enfer. Je pense que la plupart des français, nous qui vivons dans un pays de glandeur (et ne nous en plaignons pas!), ne supporterait pas la vie là-bas s’ils devaient y vivre comme les japonais (même horaires, même rythme et atmosphère de travail, même salaire…). En plus — attention! — je ne dis pas qu’ils travaillent donc forcément bien qualitativement, juste assurément trop quantitativement. Pour ma part, je pense travailler bien parce qu’en général je ne fais rien si ce n’est avec joie et désir. Ils sont donc parfaitement dans l’idée “travailler plus”, mais non “travailler mieux”. Et c’est là où se dirigent beaucoup de sociétés apparemment. Donc protégeons un minimum notre vie s’il vous plaît, plus que notre économie. Et peut-être qu’alors, mais alors seulement, nous pourrons dire que la Science est effectivement un Art et qu’elle mérite qu’on s’y sacrifie pour la beauté du savoir.

Sur ce je dois clore ce billet. Car là je pleure.

One Response to “L’homme et la Science”

  1. Jehan Says:

    Evidemment comme attendu (cf. première phrase du billet), après coup je pense que je me suis un peu emporté. Il faut relativiser, ce n’était qu’une palourde. On peut aussi supposer que ces scientifiques ne l’ont pas fait exprès. Ils l’ont étudié après coup et se sont rendus compte de son âge alors…

    Néanmoins le fond du message reste vrai, à savoir que tuer un être vivant (même une palourde) juste pour savoir son âge est vraiment triste (je dirais que ça l’est même plus que tuer par méchanceté. Au moins le meurtrier pur ne prétend pas faire le bien. Là, c’est pour “la science” donc ça devrait soudainement être beau. C’est cette cruauté déguisée et acceptée qui est triste); et aussi mon avis général sur la place de la science et de “l’évolution” technologique dans la société qui nous rend prisonnier d’un modèle ne nous rendant pas heureux (il n’est pas fait pour, seulement pour évoluer encore plus, quitte à tout détruire sur son passage).

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