18th mai 2006

La Guerre des Messagerie Instantanée — épisode 1: la menace des fantômes…

Ce billet est le premier d’une série de 3 billets:
la trilogie de la Guerre des Messageries Instantanées.

La Guerre des Messageries Instantanées -- Episode 1
La Guerre des Messageries Instantanées — Episode 1
(image satirique à partir des logos MSN et AIM par moi-même)

J’avais commencé cette série de billets il y a un certain temps déjà. Je profite de l’imminence de l’Open Discussion Day pour me forcer à les finir.
J’en profite aussi pour saluer un des piliers de Jabber, lequel a récemment trouvé la mort: Peter Millard. Je ne vais ni m’attarder sur le sujet, ni me prononcer sur sa vie, je trouverais cela insultant envers sa famille et ses amis car je ne connaissais pas cet homme (ce serait donc un larmoiement hypocrite, chose que je déteste). Seulement il mérite d’être retenu pour son œuvre.

Pour ce premier épisode, je vous raconterai l’histoire des messageries instantanées. Ben oui, il faut bien que quelqu’un vous fasse un peu l’histoire des choses importantes. Non parce que les rois de France, les guerres mondiales, tout ça, c’est cool un moment, mais les jeunes de nos jours, ils s’en foutent. Eux, ce qu’ils souhaitent, ce que vous souhaitez, c’est discuter avec vos clients, vos potes, vos collègues, votre famille sur MSN, voire même carrêment parler en direct avec eux à l’autre bout du monde pour presque rien avec Skype. Elle est pas belle la vie moderne?

Les débuts

Originellement la messagerie instantanée s’est massivement répandue sur le net grâce à ICQ (1996) de la société Mirabilis, lequel peut être considéré comme le père de la messagerie instantanée grand public (jusque là, les systèmes messagers restaient des protocoles de niches pour des utilisateurs très spécifiques et n’avaient pas “décollé”). Une fois le mouvement lancé, ICQ a vite été rejoint, puis supplanté par des réseaux comme AIM (le réseau d’AOL, leader mondial de la messagerie instantané; notons qu’entretemps, ICQ a été racheté par AOL, et que les 2 réseaux sont devenus compatibles: on peut communiquer de l’un à l’autre), le réseau Yahoo!, et MSN (porté au sommet en France grâce à la désormais célèbre technique de vente forcée de Microsoft).[1]

Fermés de Corps et d’Esprit…

Tous ces réseaux ont une chose en commun: leur fermeture. Cette fermeture se caractérise par deux points:

  • Le protocole est fermé[2]: personne — hormis les entreprises concernées — ne savent réellement comment marchent ces réseaux. Par analogie avec des langages — car c’en sont à certains points de vues — on peut affirmer que nous ne connaissons ni la grammaire, ni le dictionnaire de ces protocoles. Donc pour les comprendre, les informaticiens tiers décodent par ce que l’on appelle la rétro-ingéniérie.
    L’une des conséquences est la perte de temps (imaginez le temps gagné si Champollion avait trouvé un dictionnaire et une grammaire pour déchiffrer les hyéroglyphes?!). Une autre est un décodage parfois imparfait (d’où le fait que des logiciels tiers peuvent mal implémenter certaines fonctionnalités).

    Pourquoi donc veut-on décoder ces protocoles?
    Par exemple parce que le logiciel officiel ne plaît pas ou ne convient pas à nos besoins. Ou encore certains veulent pouvoir se balader sur plusieurs réseaux simultanément pour parler à des amis dispersés, et pour cela ils veulent pouvoir utiliser un unique logiciel multi-protocole, au lieu de devoir en installer et en lancer plusieurs. Enfin certains systèmes d’exploitation ne possèdent pas de client officiel. MSN messenger par exemple n’existe que pour les systèmes Windows (et encore pas tous!) et Mac OS. On oublie alors les systèmes GNU, les systèmes Unix, les systèmes BSD, et bien d’autres moins connus… Comment font-ils pour parler à leurs amis? N’ont-ils pas le droit? D’autres raisons encore peuvent expliquer le besoin de décoder ces protocoles fermés.

    Vous pourriez me dire “mais pourquoi les entreprises ne fournissent pas les caractéristiques des langages? Ce serait bien plus simple“. Je vous conseillerais d’aller le leur expliquer, mais beaucoup de gens ont abandonné de raisonner avec les logiques commerciales et désirs de monopole.

    Plus de détails quant à la notion de protocoles ou formats ouverts et fermés peuvent se trouver dans l’excellent site formats-ouvert.org de Thierry Stoehr.
  • Le réseau lui-même est fermé: qu’est-ce à dire? Et bien qu’il n’est pas possible de dialoguer avec quelqu’un d’un réseau autre que le sien propre. La plupart des gens trouvent cela normal, car ils se sont habitués à cet état de fait, cette technologie ayant connue son essor avec des réseaux fermés. Mais transposons maintenant au monde des réseaux téléphoniques. Trouveriez-vous normal de ne pas pouvoir appeler votre copine sous Bouygues parce que vous êtes sous Orange? Trouveriez-vous logique que votre ligne fixe Neuf telecom ne puisse appeler que d’autres téléphones Neuf Telecom, et pas votre famille qui utilise France Telecom? Alors pourquoi estimez-vous raisonable que votre compte MSN ne puisse pas vous permettre de dialoguer avec votre ami polonais qui utilise gadu-gadu? Non ça ne l’est pas.

    En ce sens, dernièrement les grands de la messagerie propriétaire font des efforts puisqu’on parle d’alliances pour rendre des réseaux compatibles (cela reste cependant principalement des rumeurs, ou bien des projets assez discrets. Aux dernières nouvelles, j’ai entendu parler d’alliances Google/AOL et Microsoft/Yahoo. Mais rien de bien établi donc). Pourtant ce sont malheureusement plutôt des alliances de pouvoir qu’un désir d’intéropérabilité (le but étant de supplanter les autres réseaux et de les faire couler en s’associant avec un autre mastodonte du milieu), sinon pourquoi ne pas tout simplement ouvrir leur réseau en le rendant interropérable avec tous les autres?

Au secours Obiwan Kenobi!!!

Comme des Zorro numériques des temps moderne, certains protocoles se sont manifestés ces dernières années. Parmi eux sont Jabber/XMPP, ou encore SIP/SIMPLE (Jabber est originellement davantage orienté textuel comme MSN/Yahoo!/AIM, et SIP est plutôt orienté téléphonie par IP comme Skype, bien que ça tend à se recouper avec le temps), les 2 protocoles ayant — au contraire de leurs homologues propriétaires — pour avantages majeurs d’être des protocoles ouverts, normalisés (par l’IETF), et d’avoir des buts et des espoirs d’interopérabilité.

A suivre…

[1] Il existe aussi d’autres réseaux méconnus dans nos contrées francophone, comme Gadu-Gadu, réseau majeur en Pologne par exemple.

[2] Certains pensent que des protocoles comme MSN ont été ouverts. Un simulacre d’ouverture a en effet été entrepris en 1999, mais rien n’a filtré sur les modifications des 11 versions sorties depuis.

3 Responses to “La Guerre des Messagerie Instantanée — épisode 1: la menace des fantômes…”

  1. Mon Havre de Liberté » Blog Archive » La Guerre des Messagerie Instantanée — épisode 4: un nouvel Espoir Says:

    Episode suivant de la trilogie…

  2. HC Says:

    et IRC ???

    IRC c’est quand même le premier service de messagerie instantanée, et il est encore bien vivant de nos jours (mêmes si la multiplication des sous-réseaux entraîne une atomisation des communautés)

  3. Jehan Says:

    Salut HC,

    je suis d’accord pour considérer IRC comme un ancêtre des IMs (par contre, je doute que ce soit le premier service. D’après wikipedia, je lis “sous UNIX elle existe depuis bien longtemps, grâce à la commande talk” ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Messagerie_Instantan%C3%A9e ). Et ces commandes (les talk, write, wall et co) existent d’ailleurs toujours (on s’amuse bien avec pendant les TPs d’info à la fac).

    Ceci dit, je dirais que dans l’état actuel des technologies, on ne peut plus réellement les considérer dans la même catégorie. Les messageries instantanées dont je parle et IRC n’ont pas vraiment le même usage pour moi (et pr beaucoup de personnes).

    Ex: je trouve inconcevable de ne pas pouvoir envoyer un message hors ligne à quelqu’un par IM (bon, vous allez me dire, MSN ne le fait pas non plus… ben wi, c’est l’un des rares protocoles à ne pas avoir ça — même si c’est actuellement en bêta pour la version suivante à ce que j’ai entendu dire. Même ICQ, l’ancêtre de cette génération d’IM, avait déjà ça des années auparavant!!!). “Messagerie” implique pour moi même que ça pourrait être tout à fait un équivalent aux e-mails.

    En outre, l’approche est toute autre. Par défaut, avec IRC, on est en discussion de groupe dans un salon. Et alors on peut se mettre en discussion privée. Dans les technologies que je considère, la philosophie est inverse.
    De même, je ne sais s’il existe la possibilité de faire une liste de contact (le “roster”) dans irc, mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est jamais une possibilité mise en avance dans ce système de messagerie. Par conséquent, pour un utilisateur irrégulier comme moi qui ne connaît pas de commandes bien avancées, je dois me rappeler les nicks des gens que je connais, puis faire des /whois pour voir s’ils sont connectés (en plus, le vol de pseudo me semble beaucoup plus aisé avec irc, malgré la possibilité d’enregistrer le compte).

    Enfin je ne sais pas vraiment s’il y a des possibilités de liaison serveur-serveur pour irc, mais jamais de ma vie je n’ai vu cela. Par conséquent, pour discuter avec des amis sous irc, il faut se connecter sur chaque serveur irc indépendamment (et avoir un nick dans chacun, pas forcément le même si notre pseudo habituel est déjà pris et enregistré). D’ailleurs ça implique aussi que si jamais les rosters devaient exister sous IRC, il faudrait en avoir des différents pour chaque serveur où on se connecte. On se retrouve à nouveau avec le blem des réseaux indépendants, et où on doit avoir un compte et une liste de contacts différents (pour les mêmes personnes cependant) sur chacun.
    Ce n’est plus du tout l’optique d’indépendance du serveur où chacun peut se parler, quel que soit son serveur. Ce sont donc plein de petits réseaux disjoints, non un grand réseau composé de plein de réseaux connectables ensemble.

    Ainsi je suis tout à fait conscient de l’existence d’IRC, de ce que ça a apporté et apporte toujours à l’Internet, mais je ne le place plus sur le même plan.
    J’ai donc commencé mon histoire par ICQ, car c’est pour moi le début de cette nouvelle génération de messagerie instantanée. IRC fait partie de l’ancienne génération, celle des chat-rooms mise en avant.
    Ce n’est pas du tout la même philosophie de messagerie, même si souvent ce qu’on fait avec l’un peut être fait avec l’autre (mais pas toujours, et je suis persuadé qu’autant tout ce qu’on peut faire avec IRC peut être fait avec Jabber, autant l’inverse non).
    Mais ton commentaire est pertinent cependant. Merci d’avoir soulevé ce point, me permettant d’exprimer mon opinion sur les différences de ces technologies.
    Bye.