30th mar 2006
L’Art Libre est en route
Je parlais récemment du jeu vidéo comme un art d’après ma propre conception d’un jeu. Ce qui pose problème à beaucoup de gens quant au principe de liberté d’un jeu vidéo dans un but commercial, c’est le semblant de “finalité” de ce dernier. A priori (a priori seulement), il n’y a pas de valeur ajoutée, comme un service sur le “produit”, derrière pour justifier la rétribution d’un jeu vidéo Libre, donc potentiellement disponible gratuitement. C’est un problème transposable à l’Art en général. Pourquoi payer une musique ou un film si on a le droit de les télécharger gratuitement? Pourquoi rétribuer un auteur quand on pourrait profiter de lui sans le récompenser? Les raisons sont multiples, mais je suis actuellement en train d’écrire des textes à ce sujet. Or mes billets sont déjà trop longs, donc je vais en venir au fait.
Depuis quelques années, l’Art dit Libre tente de faire son nid. Cela s’est particulièrement remarqué par les créations, et surtout la célébrité, de certaines licences, comme les Creative Commons. Pour moi ces dernières ne sont pas toutes qualifiables de Libre pourtant (en fait très peu le sont), ça a d’ailleurs provoqué quelques clashes entre la Free Software Foundation et Creative Commons. Quelques artistes tentent l’aventure tant bien que mal, bien que certains sont plus ou moins Libres, voire pas du tout selon moi, même s’ils surfent sur ce mot commun, en jouant avec le large éventail des licences CC. Ils ont au moins l’avantage cependant d’être gratuits pour des buts non commerciaux la plupart du temps, et c’est déjà un très bon début.
Mais l’Art Libre, c’est plus que cela. Il sera atteint quand il se référera à une définition proche de la définition de la Liberté par la FSF. Une licence d’Art Libre déjà meilleure car elle intègre davantage un “background” idéologique, basé sur la “copyleft attitude”, est présenté sur http://www.artlibre.org (assez similaire à la CC by-sa dans les faits), proche de la GPL pour l’art. Personnellement je conseille d’utiliser la licence Art Libre, plutôt qu’une licence CC.

la Copyleft Attitude, logo sous licence Art Libre
Un récent projet de court métrage commercial a bien compris cela, et est pour moi l’une des premières oeuvres majeures vraiment Libres, et viables commercialement! Il s’agit du projet Orange, sponsorisé par la Fondation Blender et Montevideo (Netherlands Media Art Institute). Attention! Quand je mets ce projet en avant comme un des précuseurs de l’Art Libre, je ne veux en aucun cas dénigrer tout autre projet artistique et Libre antérieur. Seulement ce projet a eu la chance d’avoir des origines — et donc des sponsors — imposantes, et relativement connues, ce qui lui permettra éventuellement d’être sur le devant de la scène. Vous pourrez donc récupérer le film gratuitement, le redistribuer — et ce même contre de l’argent –, le diffuser à la télé, au cinéma, etc. puisque le film est sous licence CC by, plutôt un équivalent de la licence BSD pour l’art.

“Elephants Dream”, le film produit par le projet Orange, sponsorisé par la Blender Foundation et Montevideo.
Pourtant, j’ai dit aussi qu’il est viable, car je pense en effet que c’est un des buts de ce projet (même si le but premier est de prouver que les logiciels Libres peuvent être de qualité commerciale et industrielle, et aussi de les améliorer, ils ne le font ds une optique déficitaire).
D’ailleurs, je vous enjoindrais bien d’aller commander le DVD sur la boutique Blender, lesquels devraient bientôt être envoyés, puisque la première s’est jouée au cinéma le 24 mars dernier, à Amsterdam. Il est un peu cher, mais bon ça permet de financer un très bon projet, et surtout rien ne vous empêche de vous mettre à plusieurs pour le payer, puis le graver ensuite (en toute légalité, c’est du Libre!!! Et sans DRM svp
). J’en ai bien évidemment déjà acheté ma propre copie.
J’en profite également pour annoncer pour la première fois quelque part (même si ce n’est toujours pas une annonce très officielle, car mêlée à de l’information tierce) la création par un ami et moi d’une association française loi 1901 appelée LILA. Son but est de promouvoir l’Art Libre.
Voici un extrait des statuts, traitant de l’objet de l’assoce:
L’association se donne pour buts de promouvoir l’Art Libre et les artistes produisant des œuvres Libres, à l’aide de toutes sortes d’activités.
Par Libre, il est entendu une définition de Liberté inspirée par la notion de “Logiciel Libre”, telle que décrite par la Free Software Foundation, et s’étendant à toute forme d’Art.
Le concept de Liberté d’une œuvre se traduit dans sa licence d’utilisation et de diffusion, donnant la quadruple liberté de jouir de l’œuvre, de la distribuer, de la modifier, et de l’inclure à une œuvre tierce.
Un site web très basique est en préparation pour présenter l’assoce (annonce: nous recherchons d’ailleurs un webmaster qualifié).
Notez que j’ai déjà contacté Ton Roosendaal, puisque je pense que le projet Orange rentre tout à fait dans l’idéologie de LILA, et que je vais tenter d’organiser un évènement sur Paris, qui consistera notamment en une projection d’Elephant Dreams (nom du film produit par le projet Orange) dans un cinéma parisien. Pour l’instant, rien n’est encore vraiment au point, mais ça avance, ça avance…
Toute bonne volonté est évidemment la bienvenue.