Archive for mars, 2006

30th mar 2006

L’Art Libre est en route

Je parlais récemment du jeu vidéo comme un art d’après ma propre conception d’un jeu. Ce qui pose problème à beaucoup de gens quant au principe de liberté d’un jeu vidéo dans un but commercial, c’est le semblant de “finalité” de ce dernier. A priori (a priori seulement), il n’y a pas de valeur ajoutée, comme un service sur le “produit”, derrière pour justifier la rétribution d’un jeu vidéo Libre, donc potentiellement disponible gratuitement. C’est un problème transposable à l’Art en général. Pourquoi payer une musique ou un film si on a le droit de les télécharger gratuitement? Pourquoi rétribuer un auteur quand on pourrait profiter de lui sans le récompenser? Les raisons sont multiples, mais je suis actuellement en train d’écrire des textes à ce sujet. Or mes billets sont déjà trop longs, donc je vais en venir au fait.

Depuis quelques années, l’Art dit Libre tente de faire son nid. Cela s’est particulièrement remarqué par les créations, et surtout la célébrité, de certaines licences, comme les Creative Commons. Pour moi ces dernières ne sont pas toutes qualifiables de Libre pourtant (en fait très peu le sont), ça a d’ailleurs provoqué quelques clashes entre la Free Software Foundation et Creative Commons. Quelques artistes tentent l’aventure tant bien que mal, bien que certains sont plus ou moins Libres, voire pas du tout selon moi, même s’ils surfent sur ce mot commun, en jouant avec le large éventail des licences CC. Ils ont au moins l’avantage cependant d’être gratuits pour des buts non commerciaux la plupart du temps, et c’est déjà un très bon début.

Mais l’Art Libre, c’est plus que cela. Il sera atteint quand il se référera à une définition proche de la définition de la Liberté par la FSF. Une licence d’Art Libre déjà meilleure car elle intègre davantage un “background” idéologique, basé sur la “copyleft attitude”, est présenté sur http://www.artlibre.org (assez similaire à la CC by-sa dans les faits), proche de la GPL pour l’art. Personnellement je conseille d’utiliser la licence Art Libre, plutôt qu’une licence CC.
Copyleft Attitude
la Copyleft Attitude, logo sous licence Art Libre

Un récent projet de court métrage commercial a bien compris cela, et est pour moi l’une des premières oeuvres majeures vraiment Libres, et viables commercialement! Il s’agit du projet Orange, sponsorisé par la Fondation Blender et Montevideo (Netherlands Media Art Institute). Attention! Quand je mets ce projet en avant comme un des précuseurs de l’Art Libre, je ne veux en aucun cas dénigrer tout autre projet artistique et Libre antérieur. Seulement ce projet a eu la chance d’avoir des origines — et donc des sponsors — imposantes, et relativement connues, ce qui lui permettra éventuellement d’être sur le devant de la scène. Vous pourrez donc récupérer le film gratuitement, le redistribuer — et ce même contre de l’argent –, le diffuser à la télé, au cinéma, etc. puisque le film est sous licence CC by, plutôt un équivalent de la licence BSD pour l’art.

Elephants Dream
Elephants Dream”, le film produit par le projet Orange, sponsorisé par la Blender Foundation et Montevideo.

Pourtant, j’ai dit aussi qu’il est viable, car je pense en effet que c’est un des buts de ce projet (même si le but premier est de prouver que les logiciels Libres peuvent être de qualité commerciale et industrielle, et aussi de les améliorer, ils ne le font ds une optique déficitaire).
D’ailleurs, je vous enjoindrais bien d’aller commander le DVD sur la boutique Blender, lesquels devraient bientôt être envoyés, puisque la première s’est jouée au cinéma le 24 mars dernier, à Amsterdam. Il est un peu cher, mais bon ça permet de financer un très bon projet, et surtout rien ne vous empêche de vous mettre à plusieurs pour le payer, puis le graver ensuite (en toute légalité, c’est du Libre!!! Et sans DRM svp ;-) ). J’en ai bien évidemment déjà acheté ma propre copie. :-)

J’en profite également pour annoncer pour la première fois quelque part (même si ce n’est toujours pas une annonce très officielle, car mêlée à de l’information tierce) la création par un ami et moi d’une association française loi 1901 appelée LILA. Son but est de promouvoir l’Art Libre.
Voici un extrait des statuts, traitant de l’objet de l’assoce:

L’association se donne pour buts de promouvoir l’Art Libre et les artistes produisant des œuvres Libres, à l’aide de toutes sortes d’activités.

Par Libre, il est entendu une définition de Liberté inspirée par la notion de “Logiciel Libre”, telle que décrite par la Free Software Foundation, et s’étendant à toute forme d’Art.

Le concept de Liberté d’une œuvre se traduit dans sa licence d’utilisation et de diffusion, donnant la quadruple liberté de jouir de l’œuvre, de la distribuer, de la modifier, et de l’inclure à une œuvre tierce.

Un site web très basique est en préparation pour présenter l’assoce (annonce: nous recherchons d’ailleurs un webmaster qualifié).
Notez que j’ai déjà contacté Ton Roosendaal, puisque je pense que le projet Orange rentre tout à fait dans l’idéologie de LILA, et que je vais tenter d’organiser un évènement sur Paris, qui consistera notamment en une projection d’Elephant Dreams (nom du film produit par le projet Orange) dans un cinéma parisien. Pour l’instant, rien n’est encore vraiment au point, mais ça avance, ça avance…
Toute bonne volonté est évidemment la bienvenue.

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28th mar 2006

Le jeu vidéo sous GNU/Linux: un secteur clé à conquérir!

Contrairement à ce que pensent certains, le problème majeur des systèmes Libres — systèmes GNU/Linux en tête — n’est pas le manque de convivialité, la complexité, voire même des logiciels Libres soit disant moins performants que leurs équivalents propriétaires hors de prix (les fameuses batailles Gimp/Photoshop, Blender/3DSMax, OpenOffice.org/Microsoft Office, Mozilla Firefox/Internet Explorer, etc.). Selon moi d’ailleurs dans la plupart de ces domaines, le Libre a déjà surpassé le propriétaire (oui, même sur les questions de convivialité et de simplicité, malgré des préjugés infondés).
Eventuellement le problème des logiciels se pose plutôt par leur absence dans des branches professionnelles très spécifiques. Par exemple un ami — passé sous GNU/Linux depuis un an — utilise toujours professionnellement Windows, parce que son activité d’ingénieur l’oblige à utiliser des logiciels non portés sous Linux, et sans équivalents, dit-il. N’y connaissant rien en ingéniérie, je veux bien le croire. Mais ce n’est pas ça qui arrête la majorité d’autres personnes.
Je pense même que le problème est inverse: quand le grand public sera plus massivement sous des systèmes Libres, alors les fabricants de logiciels porteront leurs produits pour ces plateformes. C’est un peu le problème posé dans cet article ancien, mais toujours autant d’actualité, qui explique les monopoles par le fait que les particuliers utilisent chez eux des versions pirates de logiciels à connaître pour être employable; et réciproquement que les entreprises demandent de connaître ces logiciels car ce sont ceux que les gens ont chez eux. Le serpent qui se mord la queue… Là ce n’est pas le même serpent, mais il se mord aussi la queue: certains utilisateurs n’utilisent pas GNU/Linux parce que certains programmes spécifiques n’ont pas d’équivalents; et les éditeurs ne portent pas leurs logiciels spécialisés sous GNU/Linux puisqu’il n’y a pas assez d’utilisateurs, donc pas de marché.

Nexuiz, Doom-like Libre
Nexuiz, Doom-like Libre.

Bien sûr, les faits nous assènent que 95% du code produit l’est pour l’entreprise. C’est donc embêtant que des secteurs professionnels ne trouvent pas leur bonheur sur GNU/Linux. Ce qui nous sauve, c’est que ces logiciels spécialisés sans équivalents ne touchent pas tant de monde, la plupart des boîtes pouvant se contenter professionnellement d’un traitement de texte, d’un programme de comptabilité, de programmes pour l’internet, le reste étant de toutes façons programmé en interne quand c’est trop spécifique à l’activité de l’entreprise. L’argument des quelques secteurs où l’offre logicielle est insuffisante n’est donc pas viable pour moi, et surtout il s’amenuise grandement avec le temps.

Une autre différence de taille à ce problème insoluble, c’est qu’une part gigantesque de la population s’est acheté son ordinateur personnel pour se détendre (et n’a pas forcément besoin de devoir utiliser les logiciels de l’entreprise chez soi), ne nous voilons pas la face! Or la détente passe notamment par le jeu.

Finalement donc un des points majeurs qui arrête la progression du logiciel Libre, c’est le jeu vidéo. Si on prend les jeunes, la plupart jouent plus ou moins régulièrement à des jeux commerciaux. Or ces derniers sont malheureusement la plupart du temps uniquement écrits pour Windows. Certains éditeurs se sont mis à percer vers la Liberté cependant. Par exemple, les “doom-like” sont de plus en plus souvent portés sous Linux (les Unreal, les Quake, Doom 3, etc. ont des versions natives), voire même le code source est “libéré” après quelques années (John Carmack fut un des premiers à `libérer” le code de ses jeux, les Quake, sous la licence Libre GPL après quelques années de vente)! Certaines boîtes ont même tenté l’aventure avec succès dans d’autres genres. Bioware par exemple a porté son best-seller Neverwinter Nights sous les 3 plateformes principales: Windows, Mac et Linux. Je peux vous assurer que ça m’a fait plaisir. Bioware était déjà à une époque ma boîte de jeu vidéo préférée, depuis encore plus (c’est d’ailleurs la seule boîte de logiciels propriétaires pour laquelle j’accepterais sans hésitation de faire du logiciel propriétaire pendant quelques temps, à l’heure actuelle, si on me le proposait). Je mets d’ailleurs beaucoup d’espoir sur leur futur jeu “Dragon Age”; peu d’infos ont filtré jusqu’alors, mais j’espère qu’ils n’oublieront pas leurs fans sous des systèmes Libres.

Néanmoins nous n’en sommes pas encore arrivés au point clé où les utilisateurs sont suffisamment nombreux pour inciter les éditeurs à porter massivement leurs jeux sous Linux, et où les jeux sous Linux sont suffisamment nombreux pour que les utilisateurs n’hésitent plus à massivement tenter l’aventure d’un système Linux à la place de Windows. C’est toujours le serpent qui se mord la queue, mais à un autre endroit (décidemment!).

Glest, STR Libre
Glest, jeu de stratégie temps réel Libre.

Pourtant selon moi, il est là question d’un point majeur de la bataille du Libre. En effet, malheureusement autant les plateformes Libres proposent largement de quoi contenter les joueurs de petits jeux (bien plus que sous windows d’ailleurs! Si vous avez une grand mère fan du démineur, des solitaires, et autres mini-jeux, alors ils seront aux anges dans le monde Libre qui regorge de ces jeux, souvent de très grande qualité), autant les jeux ambitieux arrivent rarement à la hauteur des gros jeux commerciaux de qualité. Il faut bien se rendre compte de l’ampleur de l’industrie du jeu vidéo. Des sommes, et des ressources humaines peu concevables sont utilisées pour créer ces best-sellers (un jeu comme Neverwinter Nights a nécessité 160 années humaines de développement). Et parfois, quand ces ressources sont bien utilisées, on arrive à de véritables chef-d’oeuvres; car pour moi en effet, le logiciel peut parfois être assimilé à de l’art, et le jeu vidéo en particulier, quand il ne se limite pas à du bourrinage par exemple, mais inclue une vraie trame narrative.
Je pense que nous avons clairement besoin que l’industrie du jeu vidéo s’intéresse à notre plateforme pour enfin la rendre grand public. C’est le point d’équilibre qui manque pour faire basculer la balance de notre côté.

C’est donc pour moi un des grands combats à venir, même si peu s’en rendent compte, se focalisant principalement sur le marché professionnel, qui est effectivement le plus gros. Pourtant, j’ai démontré que si les gens utilisaient GNU/Linux chez eux pour le plaisir, ce serait également plus présent dans leurs bureaux. Acquérir par le biais du jeu le marché grand public, même s’il est moins important, est donc logiquement une des étapes majeures vers le marché des industries. Le jeu vidéo est clairement une faille plus fragile pour faire lâcher sa queue au serpent.

Ensuite qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. Il n’est nullement question d’affirmer que le logiciel propriétaire est plus performant que le Logiciel Libre en ce qui concerne les jeux vidéos (Certains articles sont très optimistes quant à l’avenir du jeu Libre.). D’ailleurs, relisez bien, je n’ai nulle part fait mention de jeu propriétaire, seulement de jeu commercial. Il est cependant évident — au début du moins — que les jeux commerciaux sous Linux seraient majoritairement propriétaires, mais je crois que c’est un moindre mal; et il n’en reste pas moins que je suis également persuadé de la viabilité d’un système de jeu commercial Libre. Ce sera évidemment un tout autre modèle économique que celui utilisé actuellement par le logiciel Libre professionnel, puisque la notion de valeur ajoutée est totalement autre alors! Cependant pour moi, c’est une notion clairement présente, et je pense justement que des entreprises comme Bioware ont montré un début de voie, plus ou moins sans le savoir. Je parlerai probablement plus en détail de ces points précis dans un autre billet.

Pour finir sur ce billet de manière informative, je voulais pointer du doigt les possibilités actuelles du jeu vidéo sous Linux. Tout d’abord — déjà dit — les petits jeux ont la part belle. Des sites comme jeuxlibres.net listent les jeux Libres. Des listes de jeux commerciaux sont cependant accessibles à divers endroits, et on peut constater que plusieurs best-sellers ont des ports linux, même si ce n’est pas souvent connu.

Notons également que Linux prend de plus en plus de parts dans les systèmes embarqués, et en particulier portatifs, que ce soit les téléphones portables, les PDA… Les consoles sont aussi de la partie, notamment avec GP2X (console portable coréenne qui devrait arriver chez nous), mais plus récemment — et plus connue — la PS3! Je pense que cette dernière nouvelle est très bonne, car elle laisse potentiellement présager de facilités accrues pour les ports de jeux Linux sous PS3, et surtout vice-versa! Qui sait donc si — pour le coût de quelques légers changements dans le code, et d’une simple recompilation — les éditeurs de jeux consoles ne trouveront pas intéressant d’inonder notre marché Linux avec des jeux vidéos commerciaux? Je pense que ce serait un très bon début vers la démocratisation des systèmes Libres.

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16th mar 2006

Un gentil dictateur à vie… détrôné?!

J’ai toujours (ce “toujours” se reférant aux 2 ans et demi depuis lesquels je connais et utilise les Logiciels Libres) cru que les Benevolent Dictator for Life (dictateur à vie bénévole) étaient intouchables. Ces derniers sont arrivés à une sorte de sommet, un sommet non de gloire, de richesse, ou de puissance. Ils ne sont pas des rocks stars, ni des dictateurs politiques dirigeants des armées entières, ou des gourous d’une quelconque société secrète, qui manipulent les gouvernements, et dont un seul mot serait capable de faire tomber Microsoft. Non, mais par contre, ils ont acquis le respect de leurs compères du monde du Libre, et de l’informatique où ces “dictateurs” sévissent. Leur avis importe toujours, et on reconnaît leurs connaissances, leur dévouement au Libre et à leurs projets.

Un Gentil Dictateur menant ses troupes en confiance à la victoire.
Un Gentil Dictateur menant ses troupes en confiance à la victoire (source: photo de Christian Koehn sous GFDL).

Certaines personnes les critiquent, voire les dénigrent régulièrement, et ce même parmi les fervents défenseurs du Libre. Pourtant soyons clair: il est évident qu’ils ne sont pas parfaits, moi-même trouve régulièrement des choses à redire à ce que font ou disent certains. Cependant tant qu’ils ne changent pas soudainement de bord, virent à fond propriétaires, ou se mettent à saboter leur propre travail sciemment, alors ils méritent le respect, que mérite tout contributeur au Libre; et eux en particulier leur place actuelle de dictateur car ils sont — ou ont été — des contributeurs importants.
En particulier, une chose qui les définit est qu’ils ont toujours été les instigateurs de grands projets ayant eu un impact non négligeable sur l’économie Libre. Parmi ces grands dictateurs, les plus connus sont par exemple Linus Torvalds, pour son noyau de système Linux; ou encore Stallman, l’homme qui fut à la base de la Free Software Foundation, et donc de la philosophie du Logiciel Libre; Tim Berners Lee, pour avoir été à l’origine du web; Mark Shuttleworth pour sa récente réussite avec la distribution Ubuntu, mais aussi ses importantes contributions financières et de sa personne envers le Libre; Jimmy Wales, à la base de l’encyclopédie Wikipedia, etc. Certains sont des dictateurs moins connus, pas forcément à un plus bas niveau, mais tout de même plus discrets, sachant rester dans l’ombre peut-être. Parmi ceux-là, je plaçais Gaël Duval.

Evidemment pour beaucoup de gens, il est moins connu, voire inconnu. Pourtant, il est à l’origine d’une des meilleures distributions GNU/Linux qui ait existé: Mandriva Linux. Ce fut ma première distribution, et je l’utilise encore. A l’époque, Linux était pour moi un mot abstrait, je ne connaissais que Windows, et les logiciels propriétaires (je ne devais même pas savoir ce que signifiait un “Logiciel Libre”). J’ai pourtant formatté mon disque dur, supprimé totalement mon ancien système, installé une Mandrake 9.2… et j’ai été conquis! J’ai testé quelques autres systèmes depuis, suis même tombé amoureux de la Gentoo. Mais Mandriva reste un excellent système, et c’est celui que j’utilise jusqu’à présent pour “convertir” les gens au Libre. Même si je ne connais pas aussi bien les anecdotes qui peuvent graviter autour de Gaël Duval que je connais les péripéties de Linus Torvalds, ou bien de Stallman, j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’apprécier des articles sur lui, des interviews, et j’avais vraiment adoré sa réponse à la FAQ de Mark Shuttleworth (si on me demande, je préfère 100 fois l’usabilité, et la philosophie de Mandrake/Mandriva Linux à celle de Ubuntu Linux, mais évitons ici les trolls svp. Comme je disais, je respecte toutefois énormément Mark Shuttleworth et ce qu’il fait pour les logiciels Libres).
Donc pour moi, Gaël Duval est un grand homme, je l’admire en un sens, et le respecte, car il a su faire dans sa vie une chose que j’aimerais faire dans la mienne: la dévouer à une belle et juste cause. Fondateur, et créateur de Mandrake, devenu Mandriva Linux, il était très naturellement un grand dictateur, non plus “bénévole”, puisque son projet a donné naissance à une entreprise (ce qui est bien!) pour laquelle il travaillait, mais bel et bien “bon”, ce que peut tout à fait signifier “benevolent”.
Pourtant j’apprends hier… qu’il a été viré de Mandriva Linux! Sur le coup, comme il ne l’avait pas encore commenté sur son blog, je m’attends à ce que soit annoncé qu’il avait simplement envie de passer à autre chose, et de se lancer dans un autre projet. Mais non, il s’avère qu’il a bel et bien été chassé comme un malpropre de la boîte qu’il a lui-même fondé, basée sur le projet qu’il a lui-même créé! D’ailleurs, il prévoierait de poursuivre Mandriva. Je dois avouer que ça m’a fait un coup. Les dictateurs du Libre sont-ils alors vulnérables au capitalisme? Je comprends bien qu’une entreprise puisse avoir des difficultés financières. Je comprends même tout à fait qu’elle puisse en arriver à licencier du personnel, si c’est vraiment le seul moyen de remonter, et de ne pas couler. Mais… pas une figure si emblématique, un personnage si important dans le paysage Libriste, et qui a tant fait pour ce mouvement. Je ne comprends pas leur décision, non seulement économiquement (ça ne va sûrement pas leur faire de la bonne publicité), ni humainement, ni intelligemment, ni bêtement, ni rien en fait. Ils ont juste voulu satisfaire quelques petits actionnaires mesquins, et se débarrasser d’un caractère de leur entreprise. Si c’est ça la capitalisation, alors vraiment non vraiment. Le caractère humain de l’entreprise — même Libre — peut vraiment disparaître quand il s’agit de gros sous. Je ne m’étends même pas sur les fous rires que vont se payer les boîtes de logiciels proprios quand ils verront un grand nom du Libre se battre judiciairement contre son ancien “bébé” qui s’est retourné contre lui (même Microsoft a eu la décence de garder une excellente place pour Bill Gates en tant qu’ingénieur en chef, quand ils ont promu Steve Ballmer à sa place de président en 2000). On se demande vraiment ce qui leur est passé par la tête. Dans le logiciel Libre, ces figures emblématiques de dictateur ne sont pas forcément les “chefs” de fait, ils ne dirigent souvent pas officiellement. Cependant ils sont écoutés, et leur parole a de la valeur; et ils représentent des fédérateurs de (bonnes) volontés, et de participation (d’ailleurs le dernier poste de Gaël Duval à la tête d’un département communauté — après avoir été responsable communication — pour améliorer l’image de Mandriva, est assez significatif). Ecarter de force un tel dictateur de sa communauté est pour moi une énorme erreur, comme changer un logo: soit finalement tuer un symbole.

Personnellement, je pense qu’il y a de fortes chances que je cherche une autre distribution. Mes choix se sont tournés vers le Libre par philosophie, et je ne vois pas pourquoi ça changerait maintenant. Evidemment il pourrait y avoir un retour en arrière, Mandriva pourrait encore tenter de se rattrapper et de réembaucher Gaël Duval. Il est alors juge de décider évidemment, mais après un tel coup, je ne sais pas si ça vaudrait le coup. Ils ne le méritent peut-être plus. Je comprends cependant que ça doit être dur de lâcher une si grande partie de sa vie. Mais pour moi c’est un peu tard.
C’est un jour pluvieux pour les logiciels Libres, je vous le dis ma bonne dame…

Néanmoins, notons que Gaël Duval a su retomber sur ses pieds, comme un chat expert qu’il est, puisqu’il a déjà remonté une nouvelle boîte, et prévoit de nouvelles aventures dans le Libre avec Ulteo.
Comme quoi, tout mauvais jour a aussi ses rayons de soleil qui pointent entre les nuages.

Ajout du 17 mars 2006 (2H00): Gaël Duval a publié sa version des faits sur son site.

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09th mar 2006

Conférence sur le client riche

Nonon, il ne s’agit pas d’une conférence sur les consommateurs milliardaires, ou quoi que ce soit de tordu du genre. Il s’agit d’un client riche, dans une notion logicielle: en particulier il s’agirait d’un programme web, dont l’interface utilisateur s’étend jusque sur l’ordinateur de ce dernier, presque comme un programme quelconque de bureau. L’idée est clairement de diminuer la frontière entre l’espace personnel utilisateur, et l’espace web. Quand je fais telle action, “suis-je” dans mon ordinateur? Sur le web? On peut trouver quelques bonnes définition des clients riches sur le Wikipédia, ou encore sur le site de Xulfr.

Ce dernier site est en fait la meilleure référence pour illustrer mon billet, puisque la conférence dont il est question — et à laquelle j’ai assisté jeudi dernier (de manière tout à fait imprévue, m’inscrivant en dernière minute, grâce au Standblog qui avait relayé l’information le jour même) — traitait en fait de la technologie XUL. Cette conférence sur le client riche, à l’aide de XUL, fut animée notamment par Laurent Jouanneau, personnage hautement savant dans les technologies Mozilla. Car en effet, XUL est une des technologies de la fondation Mozilla, qui sert de “framework” d’interface graphique pour l’ensemble de leurs produits (les GUI de Mozilla Firefox, Mozilla Thunderbird, ou autres, sont décrits avec XUL). C’est un sujet que je connais peu, voire pas du tout, mais comme ça faisait un certain temps que je m’intéressais à cette technologie, je n’ai donc pas voulu manquer l’occasion. En outre, j’avais déjà entendu ces termes de “clients riches” ou pauvres, mais j’avais jusqu’alors du mal à en appréhender toute la signification; et maintenant je comprends mieux le sens de ces termes. Pour simplifier: un client pauvre, c’est du html; et riche, c’est avec XUL. :p (en vrai, y a d’autres technologies pour rendre un client riche: le SVG par exemple.)

Mais si ces appellations peuvent presque sembler pédantes, avouons qu’il y a en effet de quoi considérer une application web utilisant XUL de riche. La seconde partie de la conférence s’est passée avec deux développeurs de lemonde.fr, lesquels ont fait partie de l’équipe qui a développé le nouveau système de publication du site en question: le SEPT. Et je dois dire que ça m’a positivement impressionné. Sur la fin de la présentation, lors des questions, on nous a montré l’interface web en html de publication (avec des technologies proprios) que leur site se traînait depuis tout de même 1999 (retenons bien un point important qu’ils ont soulevé: faire attention avant de choisir une solution propriétaire, car il est très compliqué de s’en débarasser après, comme en témoigne les 7 ans d’utilisation!), et — disons le honnêtement — l’ancienne interface faisait pâle figure face à la nouvelle.
Il est presque dommage de ne pas avoir de photo de leur interface de publication en XUL à vous montrer, quoique je pense que de simples photos ne pourraient de toutes manières entièrement retranscrire à quel point le SEPT a l’air agréable à utiliser. Il est évident que les rédacteurs de lemonde.fr ont gagné au change une utilisation bien plus agréable, intuitive et puissante de l’outil informatique… sans oublier plus transparente aussi. Le programme se lance en effet avec un simple raccourci sur le bureau, comme n’importe quel programme, avec ses menus, ses boutons, ses onglets, etc. Et il se connecte directement au réseau de publication du site, permettant aux journalistes de travailler aisément et sans se préoccuper de la partie informatique ou web, leur faisant presque oublier qu’ils sont sur le net puisqu’ils ne voient même pas de navigateur. [1]
Il est vraiment intéressant de noter que XUL peut être utilisé pour décrire l’interface de toute application de bureau, non forcément web, mais que l’intégration forte avec Gecko, et les projets Mozilla permettent sûrement en même temps un accès très aisé aux technologies du web.

Je pense décidemment que je vais m’y intéresser réellement maintenant, et essayer de trouver un petit projet pour apprendre. Je vous conseille d’en faire autant, c’est une technologie d’avenir, et — paraît-il — en passe de devenir une norme W3C (comme le reste des technologies Mozilla à l’heure actuelle).

A l’origine, ce journal n’est pas destiné à assister à ma vie privée, mais plutôt notamment à faire partager mon expérience assez neuve de jeune développeur (même si les deux premiers billets peuvent en faire douter). Voici donc le billet pour démontrer cela. ;-)

Plus d’infos en anglais sur XUL ici à XulPlanet.

P.S.: pardonnez toute inexactitude ou erreur éventuel. Les interfaces graphiques, de même que les technologies web ne sont en règle générale pas du tout ma spécialité. Je ne fais que retranscrire ce que j’ai compris de cette conférence, où je suis allé en particulier pour ma culture personnelle, et parce que c’était quand même fichtrement intéressant! Cependant n’hésitez pas à me corriger ou à compléter si besoin est.

P.P.S.: c’est quand même cool de voir de plus en voir d’entreprises — et pas n’importe lequelles! — s’intéresser à des outils Libres, des formats et des normes ouverts.

P.P.P.S.: suite à commentaire de mes premiers fans: merci l’AFUP pour l’organisation de cette conférence. ;-)

[1]Pourtant dans l’implémentation, le SEPT est considéré comme un plugin de Mozilla Firefox, bien que cela soit invisible pour l’utilisateur, lequel n’a nullement à utiliser son navigateur pour lancer le SEPT. Solution la plus simple au début du développement du SEPT, sachez cependant qu’entretemps la plateforme XulRunner a été développée par la fondation Mozilla, permettant de créer des programmes bien plus indépendants des autres programmes Mozilla (ne nécessitant donc nullement la présence du navigateur ou du client mail sur la machine par exemple), ce qui est un excellent point. D’ailleurs Firefox et Thunderbird 3 reposeront aussi sur XulRunner, ce qui devrait en plus diminuer la charge processeur, puisqu’actuellement pour chaque produit mozilla, les librairies Gecko sont chargées, avec autant de doublons que de processus! C’est donc une excellente nouvelle.

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